n°34

"Arrêtez donc de gigoter, miss!"
L'ondine attrapa les deux cordons qui fermait le corset et tira d'un coup sec. L'intéressée laissa échapper un petit cri de surprise.
Stella venait d'avoir 15 ans, et pour tout dire, elle était sublime. Une masse de cheveux dorés flottait sur ses épaules rondes. Son corps était un enchaînement de courbes presque parfaitement proportionnées; ses jambes étaient fines, son ventre plat et son visage adorable. De grands yeux bleus, un petit nez rond, des lèvres bien dessinées. Elle avait tout pour plaire, et les prétendants ne manquait pas, d'ailleurs.
Belea vérifia l'ordonnance de la coiffure de sa protégée, laquelle avait passé une robe vert anis à col bateau et à manches courtes qui retombait au ras de ses orteils. Deux émeraudes taillées en gouttes pendaient à ses oreilles, cadeau de ses quatorze ans.
"Comment je suis?
- Si je puis me permettre, son Altesse devrait changer de souliers, ceux-ci ne sont pas assortis à sa magnifique toilette.
- Mmmh. Qu'importe. Dites à Klein, enfin, messire Klein, rectifia t-elle avec agacement, que je l'attendrais pour le déjeuner.
- Bien.
- Vous pouvez disposez, Belea.
- Senzema."
Belea se retira à reculons, l'échine respectueusement courbée. Stella soupira.

Lorsque le mot princesse vient à l'esprit, on pense à luxe, bijoux, robes monstrueuses, corsages ravissants, baise-main et tout le reste... C'est exactement ça, mais en pire, songea Stella, vautrée dans un tranzat sur la terrasse. Fox était à la poursuite de Zoé, qui elle-même pourchassait un papillon multicolore. Le temps de septembre était encore clément, mais bientôt l'hiver reviendrait, tout le monde aux douze exploits le sentait.
D'ailleurs, en repensant à hiver, un souvenir lointain revint à Stella...

La nuit était tombée depuis un bon nombre d'heures lorsqu'une ombre encapuchonnée poussa la porte vermoulue du "requin damné". Sans dévoiler son apparence, elle s'assit dans angle peu fréquenté de la taverne.
La fête battait son plein. De la musique paillarde s'échappait des fenêtres mal découpées, l'odeur enivrante de la bière douce-salée emplissait les narines et les esprits.
La silhouette observa une fille de rien qui dansait sur une table, entourée d'ondins et d'atlantes qui l'encourageaient à se défaire des quelques loques qui lui restaient. Partout, on criait, on riait et on chantait, une choppe à la main. Derrière le comptoir, le patron servait tournée sur tournée, loin de stopper les combats de bras de fer et les bagarres qui éclataient un peu partout.
L'inconnu[e?] se mit à envier tout ces gens qui s'amusaient, dansaient, buvaient. Qui vivaient, tout simplement. Il [ou elle?] avait toujours rêvé de cette liberté qu'elle n'avait jamais eue, de...
Une main s'abbatit brutalement sur son épaule. La silhouette lâcha un cri de surprise avant d'être tournée violemment.
"Si j'étais vous, je courrais jusqu'au palais sans m'arrêter si je ne voulais pas d'un scandale auprès du roi ou même des... [il lâcha un regard dégoûté vers la fille qui maintenant ne portait qu'une sorte de pagne] personnes qui peuplent cet endroit. Partez. Maintenant!"
Il avait presque hurlé le dernier mot, mais personne n'avait fait attention. Stella était tellement stupéfaite de voir quelqu'un de son rang ici qu'elle n'eut pas le temps de réagir; une seconde plus tard, elle se trouvait aux pieds de son père.
Il avait le visage fermé et il semblait fatigué.
"Stella, je crains de devoir prendre des mesures pour que plus jamais Sill n'ait à te ramener de cet endroit. Tu resteras dans ta chambre jusqu'à nouvel ordre, tu ne recevras que Belea et ton précepteur pendant ta sanction et tu seras, évidemment, dans l'impossibilité de voir Klein.
- P... Papa?
- Je suis désolé."
Sa gouvernante pleurait en de gros sanglots qui se perdaient dans la masse liquide.
Stella était sous le choc. Son père ne l'avait pas tutoyée depuis ses neuf ans, et elle n'avait pas eu depuis l'occasion de prononcer le mot "papa".
De plus, la perspective de rester enfermée dans sa chambre sans compagnie ne l'enthousiasmait guère. Stella jeta un regard mauvais à Sill, debout près du trône de son père.
"Je te le ferai payer, songea t-elle; étrangement, une réponse se formula dans son esprit. "Oh, mais je n'en doute pas."
Les mâchoires serrées, elle regagna sa chambre avec un ondin colossal accroché à son bras. Sans plus de manières, il la poussa dans ses appartements et referma la porte à clef. Stella n'eut même pas le courage de protester et se laissa tomber sur son lit.
Deux heures plus tard, recroquevillée sous les draps, elle ne dormait toujours pas. Ses pensées tournoyaient dans son esprit comme des brins d'herbe dans un ouragan.
La plupart portaient sur Sill.
Sill était le conseiller de son père; il avait obtenu ce poste vers les sept ans de Stella, par une procédure dont elle ignorait les détails. C'était un homme plutôt grand et large, au visage fin et aux traits durs, avec un regard qui pétrifiait quiconque y plongeait. Il était quasiment impossible de lui donner un âge. Sa peau était d'un bleu extrêmement léger et ses cheveux avaient une curieuse teinte argentée.
Mais son physique n'était pas sa plus grande qualité. Il était aussi brillant.
Ses sentiments à l'égard de Stella n'étaient pas très positifs et ils ne s'en cachait pas. Une fois, elle avait voulu jouer à cache-cache dans un buisson et avait déchiré sa robe; il l'avait obligée à recoudre tout les acrocs un par un, heureusement il avait eut la décence de ne pas divulguer cet incident.
Stella se retourna dans son lit. Le sang battait à ses tempes. Une colère sourde s'était immiscée dans son esprit. D'un geste, elle repoussa les draps et fonça vers la fenêtre. Elle n'était qu'au premier, c'était sans trop de risques si l'on ne prenait pas en compte qu'elle atterrissait sur la tête du garde posté en dessous.
La jeune fille bondit en direction de la commode et saisit le coffre en argent où elle rangeait toutes ses parures, plus féeriques les unes que les autres. Les bijoux glissèrent hors de la boîte; Stella s'avança à nouveau vers la fenêtre où le garde somnolait doucement; elle s'apprêtait à le laisser tomber lorsqu'elle suspendit son geste. Si jamais la boîte cranienne de l'ondin explosait, son père ne la laisserait plus JAMAIS voir quiconque et barricaderait ses fenêtres avec des rocs colmaté!
Elle attrapa ses draps princiers d'une main.

"Pssst...!
- Hein?"
Le garde leva la tête et reçut une couverture, trois oreillers et la propriétaire de tout ce fatras. Un poing s'abbatit violemment sur sa nuque; l'ondin s'effondra tandis que Stella secouait sa main si vite qu'on ne la voyait plus.
"Je sais maintenant pourquoi on n'apprend pas à se battre aux princesses..."
D'un bond, elle se plaqua contre la paroi rugueuse et immaculée du palais. Stella connaissait chaque mur, chaque pierre, chaque algue de cette bâtisse et de ces jardins. Furtive, elle se faufila jusqu'au pied d'un corail gigantesque. Une sorte de plaque de mousse avait poussée là; Stella la poussa et dévoila un étroit passage qui s'enfonçait dans le sol.
Du bout des doigts, elle effleura les murs inégaux. Le tunnel la happait, mais cela n'avait aucune importance. Elle se rappelait tout les accidents de parcours, les tournants et les fausses pistes. Elle avait tant de fois parcouru cet endroit qu'avancer dans le noir ne la gênait en rien.
A mi-course, le couloir s'agrandissait en une petite pièce circulaire très simplement meublée. Stella inspira une grande goulée d'eau. Dans une centaine de mètres à peine, elle déboucherait dans la cave de la petite annexe qu'occupait Klein et ses parents. Elle reprit à pleines mains ses innombrables couches de jupons qu'elle remonta jusqu'a ses genoux et s'enfonça dans la galerie qui continuait en face. Comme un mort-vivant sortant de sa pierre tombale, elle poussa la trappe qui se découpait un rectangle cerclé de lumière au-dessus d'elle. Avide, elle tituba dans la pièce quelques secondes, avant de grimper les étages quatre à quatre jusqu'aux appartements du jeune Atlante. Un boulet de canon pénétrant dans la pièce n'aurait pas eu un autre effet.
"AAAH!"
Il l'attrapa et la plaqua contre le mur. Le choc lui fit perdre le souffle. Un éclat illumina un instant l'esprit de la future souveraine; la seconde d'après, la pointe s'enfonçait douloureusement dans sa gorge.
"Klein, Kle... chuinta t-elle, à l'asphyxie, c'est m... moi!
- Stella?
- Mais oui, imbécile!"
Il relâcha immédiatement la pression et abaissa son arme.
"Tu sais quelle heure il est?
- Non et je m'en contrefous. J'ai traversé tout les jardins pour venir te parler mais vu l'accueil, j'en déduis presque que ce n'était pas la peine...
- Ne fais pas l'idiote, j'ai été surpris.
- Tu n'es pas le seul figure-toi."
Elle se laissa tomber sur son lit en se massant le cou. L'air légèrement coupable, l'Atlante s'assit à ses côtés et lui posa un baiser tendre sur la pomette.
"Klein, je ne suis pas venue ici pour te faire la bise.
- Ah? chuchota t-il, contrarié.
- He bien... Je suis sortie, et Sill m'a ramenée à Pa... Père et maintenant je suis cloîtrée dans ma chambre comme une vache de mer."
Un rire un peu mélancolique échappa à Klein. Il ferma les yeux et la prit gentiment par les épaules.
"- Ma Stella... Tu es toujours aussi jeune!
- Arrête, tu veux!"
Elle se dégagea violemment.
Klein avait dix-huit ans. Stella détestait lorsqu'il faisait ce genre de remarque et pourtant elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait raison. Il avait toujours raison. Ces trois années qui les séparait la rendait curieusement amère, parfois. Elles lui faisaient cruellement ressentir son immaturité.
Ses pensées arrêtèrent leur vagabondage lorsque Klein saisit doucement le menton de sa belle entre son pouce et son index pour déposer un baiser appuyé sur ses lèvres closes.
Il lui pardonnait tout.
"Tu aurais dû faire attention.
- Mais j'ai fais attention!..."
Il lui jeta un regard qui la remis immédiatement en question. Elle n'aimait pas non plus ce genre de situations, et pourtant elle se mettait immédiatement à l'aimer plus. Encore une fois, il avait raison.
Stella soupira et se blottit contre lui.
"Pardon.
- C'est oublié."
Il eut un sourire qu'elle ne put voir et enfouit sa tête dans la masse de dorés qui lui effleuraient doucement les joues. Il la saisit à la taille et la posa sur ses genoux. Un long frisson parcourut son échine. Les lèvres du jeune homme se posèrent sur la tempe de Stella; elles descendirent de son arcade sourcilière jusqu'à sa machoire, en passant par son nez pour remonter sur son front, et enfin se poser sur ses lèvres un long moment avant de se tranformer en un baiser passioné. Quelque chose de brûlant, quelque chose de presque sauvage et à la fois si tendre les possédait tout deux. Leurs mains glissèrent au-dessus des tissus, survolant tout le relief qui les composait.
A cet instant ils n'étaient pas une princesse en cavale et un Atlante de haut rang, juste deux amoureux plongés dans une transe commune que certains appeleront passion. Le réveil fut brutal.

Un insistant murmure accompagné de secousses éveilla Stella.
"Si j'étais toi, je filerai en vitesse si tu ne veux pas avoir toute la garde personnelle de ton père aux trousses!
- Mmmaahbon?
- Tout de suite!"
Le jeune Atlante la poussa hors du lit où elle était lovée; un bruit mat accompagné d'un gémissement se fit entendre. Cinq doigts et deux yeux furieux apparurent au bord des draps, cinq doigts qui vinrent s'abbatrent avec force sur la tête de Klein.
"Presse-toi!"
Stella grogna et se releva. Elle essaya tant bien que mal et plus mal que bien de lisser sa robe qui semblait avoir été passée à l'essoreuse.
"Dépêche!"
Il bondit du matelas pour la pousser jusqu'à la cave. Stella bascula dans la trappe et chu comme une pierre. Un hurlement sonore s'échappa de sa bouche. Sa cheville formait un angle anormal avec son pied.
"Je me suis fracassé la cheville, glapit-elle. Klein! J...
- Arrête de brailler!"
Le ton était autoritaire mais pas méchant. Klein atterrit souplement à ses côtés avec un soupir.
"Fais voir.
- De quoi? gémit la belle.
- Ta cheville, andouille!"
Il saisit délicatement l'extrémité de sa jambe et l'examina.
"Je pense que c'est une simple entorse. Grimpe, poursuivit-il en posant un genou par terre pour lui faciliter l'accès de son dos."
Stella ne broncha pas avant de s'exécuter. Klein se meuvait avec grâce, même colonisé par une princesse avec la cheville tordue; moins de cinq minutes plus tard, ils débouchaient sous le corail.
On apercevait les lueurs de la garde qui s'éparpillait aux quatre coins du palais.
Klein n'eut qu'à effleurer la main de Stella pour capter son attention; il posa un baiser sur ses cheveux dorés.
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# Posté le jeudi 07 septembre 2006 16:44

Modifié le dimanche 17 juin 2007 05:29

N°33

l'eau ruisselle lentement sur la fenêtre.
l'eau longue et éternelle
elle nous a vue naître et nous laissera mourir.
l'eau ne nourrit pas son homme
pourtant elle est indispensable
ah cette sensation......
l'eau qui coule dans un e gorge asséchée
c'est si bon quand on en a besoin
mais quand on se noie
on a l'impression d'avaler un poison gluant
après on coule
et quand on touche le fond
on est fini
on ne remontera plus
.
malgré tout on vois quand même un espoir infime et on lève la main eu ciel
mais rien ne vient te chercher
tu te noies et l'eau semble insensible
autant que la mort
.
on dis que l'eau est bleue
comme les anges?
mais c'est un mensonge de la part de ce liquide
l'eau ne fait que voler la couleur du ciel
.
l'eau
cet élément omniprésent dans la vie terrestre.
il n'existe aucun aliment n'ayant jamais eu besoin d'eau
les animaux qu'on mange boivent
et les plantes aussi
.
l'eau salée
celle de la mer est infiniment plus cruelle que les rivières
comme la souveraine des ruissellements
elle continue ses vagues déferlantes
cette eau est inbuvable
preuve de sa cruauté
.
l'eau est mauvaise
mais on peut apprendre à l'aimer
un jour j'ai faillit me noyer
je ne savait pas nager
et l'eau autour de moi m'enmenai vers le fond
j'ai aggrippé quelquechose
je suis sorti
et j'ai craché quelque chose de rouge
je ne sais pas trop quoi
peut être étais-ce de la vraie mauvaise eau, imbuvable éceurante et repoussante.
mais
quand on se noie
on toput à la fois

"je vais mourir" "je n'en peut plus" "je dois m'en sortir" "je vais m'en sortir" "je n'y arrive pas" et pour finir "...à l'aide"

quelqun qui a faillit se noyer est quelqun de chanceu
car il a eu une prise à attraper

ceux qui ont faillit se noyer ont vu
pendant la lutte contre l'eau
la mort les obresvant d'un oeuil torve et ouvert
ceux là ont détourné la tête et attrapé de leur main dressé une chose
la vie.
quand on attrape la vie
on rayonne de bonheur
car on attrape du temps

ces gens là ne sont pas rares
et ont le plus souvent risqué la mort dans leur enfance.

voilà

c'était une pensée fugitive de quelques secondes d'un jeune pirate devant la pluie sur une fenêtre.
oh!
un éclair...
N°33
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# Posté le mardi 04 juillet 2006 16:43

n°32

L'écorces marquées de longues griffures se désagrégeait un peu plus sous les coups de Carla. Elle sentait la présence du pirate à l'autre bout de la clairière, mais restait silencieuse. La jeune fille n'aimait pas papoter pour rien, surtout avec les garçons. Ils se complétaient un peu, finalement.
A bout de souffle, elle se tourna et se laissa glisser contre le tronc marbré de toutes les attaques que Carla s'était évertuée à accomplir dessus. Le bandeau noir qui encerclait son front était trempé de sueur.
Elle se releva bien vite, frappa deux fois d'un pied méthodique sur le malheureux arbre qui n'avait rien demandé, et haleta:
"Je ne... m'arrêterai... que lorsque... je m'écroulerai de fatigue... et là encore... je me relèverai...
- Tu es maso, quoi."
Elle eut un sourire qu'il ne put voir.
"- Je m'entraîne, c'est tout. Quand on a un frère pareil, il faut être à la hauteur.
- Je ne vois pas ce que ton frère a de plus que toi, et pourquoi il faut à tout prix que tu l'égales."
Carla stoppa brusquement ses coups et s'appuya contre le tronc de ses deux paumes. La remarque la rendait heureuse et légèrement amère, sans qu'elle sache pourquoi.
"- Tu n'es pas à ma place, argumenta t-elle.
- Certainement, mais je ne vois toujours pas en quoi ton frère est meilleur que toi. Plus puissant, c'est sur, mais toi tu as la féminité et..."
Il ne devint cramoisi et se tut. Carla sentait son malaise jusqu'ici. Elle eut un sourire doux.
"- Je rêve où tu viens de me faire une déclaration là?
- Mais pas du tout, je..."
Le sourire de la jeune fille s'élargit encore. Elle savait bien qu'elle ne le laissait pas indifférent, mais n'en profitait pas.
Carla enleva ses poings américains et les laissa choir sur l'herbe. Elle se dirigea vers le jeune homme, approcha son visage de lui pour le regarder dans les yeux. Presque effrayé, il se força à rester de marbre, soutenant son regard. Finalement, ses yeux se dérobèrent et elle s'allongea. Immédiatement, il posa sa tête sur son ventre chaud. Elle tortilla les mèches bouclées qui lui chatouillaient la peau. Avec lui, même les moments de silence étaient pleins.
"C'est étrange, songea t-elle, je ne connais même pas ton nom, et pourtant j'ai l'impression que quelque part j'ai toujours su que tu étais là. Tu es mystérieux sur tes sentiments comme sur ton passé; mais j'ai envie de connaître, de te connaître, d'apprendre à t'apprivoiser, toi et tes émotions. On a tout le temps..."
Perdue dans ses cogitations, elle en avait presque oublié la présence du pirate qui la lui rappela d'un petit baiser sur le nombril. Elle sursauta et eut un rire à faire fondre les glaciers.
"Hey!
- Désolé, mais tu avais l'air absent et euh...
- C'est pas grave."
Elle sourit et se remit à jouer avec les boucles brunes qui lui chatouillaient le ventre. Tout lui paraissait extrêmement simple à cet instant; le vent qui circulait entre les arbres, la chaleur du corps du jeune homme contre le sien, [attention passage Izenique ^^] le sourire qui fleurissait sur son visage comme les fougères au pied de là où dormait d'Izura.
Carla n'était pas une fille compliquée. Elle avait été élevée simplement, apprenant que les vraies valeurs de la vie n'étaient pas l'argent ou la gloire, que le travail des mains payait plus de fierté et de bonheur que de monnaie, et que l'amour ne se vendait pas plus qu'il ne se s'achetait, qu'il se choisissait, se gardait et qu'il fallait en prendre soin.
Carla s'estimait être assez bien armée pour mettre un pied dans sa vie de femme, si ce n'est les deux, mais décidemment il y avait toujours quelque chose pour l'étonner, comme ce calme qui régnait entre elle et lui. Elle pensait les sentiments tumultueux, passionés, ardents, de feu et de braise, mais ceux-ci étaient incroyablement simples et posés.
Carla n'était même pas sûre de ce qu'elle ressentait pour le mystérieux jeune homme. Irrémédiablement, il l'attirait. Mais était-ce de l'amour? Alors qu'elle le conaissait à peine?
Dans la vie il fallait prendre des risques. Carla n'osa pas. Pas tout de suite.
Elle dut attendre la semaine d'après.

Carla avançait, les mains dans les poches, sa frange se déplaçant au gré des caprices du vent nocturne. L'air était doux malgré l'heure tardive; la jeune fille pénétra dans la clairière où une lune presque pleine éclairait tel un gros phare l'herbe grasse et les arbres alentours. Elle s'assit sur un tronc qui traînait là, et se plongea dans diverses cogitations lorsqu'un "flap flap" caractéristique la tira de ses rêveries.
Dvarok apparut, l'air farouche, et sur son dos se tenait le pirate, sabre en l'air. Il sauta à bas de l'énorme crête osseuse du dragon et s'approcha de la jeune fille. Elle sourit.
"Coucou.
- Coucou."
Dvarok resta là, curant nonchalemment ses griffes. Carla eut une toux discrète dans le style "hum hum il pourrait pas se casser?". Le jeune homme renvoya l'animal d'un geste de main; il s'envola avec un grognement.
Elle s'allongea par terre, attendant que sa tête vienne prendre place sur son ventre, mais il n'en fit rien. Un peu déçue, elle s'assit en tailleur et enteprit un débroussaillage consciencieux de la végétation qui l'entourait.
"C'est bientôt la pleine lune, dit finalement le pirate, bientôt l'autre va se mettre à hurler toute la nuit."
Elle rit.
"- Oui, malheureusement."
Un temps.
"Et si on allait sur la plage?
- Bonne idée. D'ailleurs je vais te montrer un endroit."
Il la mena à travers d'épais taillis, après avoir traversé l'étendue d'herbe sèche qui jouxtait le sable, juste séparé par de touffus arbustes. Il écarta une derniere branche, dévoilant une vaste falaise surplombant la mer; des mouettes et des goélands nichaient dans les aspérités de la roche, le jour tout ce beau-monde s'agitait, plongeant dans la masse liquide à la recherche d'une proie naïve, se chamaillaient pour tout et pour rien, mais à cette heure-ci, la tête fourrée dans les plumes, les habitants de l'endroit dormaient sur leurs deux pattes.
La voûte céleste criblée d'étoiles luisantes semblait déployer toutes ses plus fabuleuses parures; la lune était comme un gros phare faisant naître des reflets changeants sur l'eau.
"- Wah. C'est... magnifique."
Il sourit.
"J'ai faim. On pêche?
- Okay!"
Ils s'attachèrent mutuellement un fil de nylon chacun à l'index, tiré vers le fond par un plomb et orné d'un hameçon aiguisé. Quelques minutes plus tard, le jeune homme hurla:
"J'ai une touche!
- Ah?
- Il est énorme!"
Tout son corps s'arqua et se crispa dans l'effort qu'il accomplit pour remonter la bestiole. Après un moment de lutte, un thon colossal s'agitait vainement sur la pierre. Le jeune homme sortit un canif, découpa deux parts dans la chair ferme du poisson et alluma un feu avec une braise qu'il sortit d'un sac de cuir solide.
"Tu as toujours des braises sur toi? questionna t-elle, surprise.
- Euh, bah oui... Ça sert non?"
Elle rit tandis qu'il lui tendait un baton où était embroché sa part. Il jeta un regard à l'animal qui remuait faiblement, la bouche s'ouvrant par intermitence, ouvrant des yexu affolés.
"Le pauvre. On devrait le remettre à l'eau.
- T'es sûr?
- Oui, après tout il cicatrisera vite."
Il se pencha vers le poisson.
"Tu m'aides?"
Tout deux roulèrent l'animal qui leur avait servi de repas jusqu'au bord, où il tomba pour retomber dans une immense gerbe d'eau. Sans demander son reste, il s'enfonça dans les profondeurs et se fit la promesse de ne jamais revenir dans le coin.
Carla et le jeune homme grillèrent leurs brochettes et les dévorèrent avidement. Le feu commençait à s'éteindre doucement et Carla à rêver lorsqu'il la prit dans ses bras par derrière. Elle sursauta et se laissa faire.
"Tu as froid?"
Lorsqu'il riait, d'adorables fossettes se creusaient dans ses joues déjà tannées par le soleil et la mer.
"- Les braises sont encore chaudes."
Carla laissa aller sa tête contre la clavicule du jeune homme, écoutant leurs respirations calmes. Une drôle d'alchimie se créait peu à peu entre eux, tissant des liens invisibles. Finalement elle se tourna vers lui et l'étreignit à son tour. Un silence s'était installé lorsqu'il l'embrassa sur le coin des lèvres.
"Merci, dit-elle simplement."
Ils se remirent à parler de tout et de rien lorsqu'il demanda soudainement:
"- Tu m'embrasses?"
Ils eurent un rire gêné.
"- A vrai dire, commença Carla, ça fait une demie-heure que j'hésite.
- Moi aussi, avoua t-il."
Un autre temps flotta. Carla prit tout à coup la tête du jeune homme entre ses mains et l'embrassa fiévreusement. Ils faillirent basculer tandis que leurs langues se mêlaient, aspirant leurs souffles, mais le pirate tint le choc et l'enlaça.
"Wouw, lâcha t-il lorsque la jeune fille se retira. "
Carla avait pris une jolie couleur groseille.
"C'était génial, continua le pirate, troublé.
- Ah oui? bredouilla Carla
- Oui. Je savais pas que les lèvres des filles étaient si douces."
Il caressa doucement les cheveux noirs de la jeune fille, et la reprit dans ses bras avant d'enlever son t-shirt [à lui, pas à la jeune fille XD] et ses chaussures.
"C'est une soirée à thème désapage?"
Il rit.
"- Non, mais il fait bon.
- Bon alors si c'est comme ça..."
Carla fit passer son haut par-dessus sa tête et enleva ses tongs d'un mouvement de la cheville.
Elle fourra la tête dans le cou du jeune homme qu'elle embrassa, remonta jusqu'au creux de sa machoire pour mordiller son oreille. Puis elle s'adossa à lui, s'entourant de ses bras, se laissant bercer par son souffle régulier sur sa nuque.
"C'est dingue, je t'aime, je t'ai embrassé et je suis presque nue mais je ne connais toujours pas ton prénom.
- Tiens, on ne s'est jamais dit je t'aime, songea t-il à voix haute. Alors je t'aime."
Il sourit et la serra un peu plus.
"Et si tu ne sais pas comment je m'appelle, c'est normal, moi non plus. Mais on peut éventuellement en choisir un!... Un truc en Hugo...
- Hugues!
- Beurk! Pablo?
- Jean-Edouard?
- Henry-Patrick?
- Benoît-Franck!
- Diego?
- Ah non!
- Vigo, alors?"
Un temps.
"Pourquoi pas. Oui, Vigo, d'accord!"
Ils s'allongèrent, lui sur elle. Sa tete reposait sur sa poitrine.
"- C'est moelleux au moins?"
Elle rit.
"- Oui, plutôt!"
Vigo écouta un instant les battements du coeur de la jeune fille contre son oreille. La vie lui semblait vraiment parfaite en cet instant. Il eut un soupir.
"Tu es exaspéré?
- Non, heureux. Vraiment heureux."
Il releva légèrement la tete et lui sourit. Carla pris entre ses mains la tete du jeune homme et y déposa un baiser. Ils se scrutèrent, longtemps, puis Vigo embrassa le ventre de Carla. Elle se tortilla et explosa de rire. Le jeune homme promenait ses mains sur les hanches et la taille de sa bien-aimé qui le suppliait d'arrêter. Carla se redressa et se jeta sur lui. Il la réceptionna avec un ouch et ils roulèrent, enlacés. Leurs lèvres fusionnèrent. Vigo caressa doucement la plupart des parties qu'il pouvait atteindre de là où il était. La figure noyée de cheveux noirs, il se laissa explorer le cou docilement par les lèvres de sa belle.
"Je soussigné que je t'aime, dit-il soudain
- Je soussigné que je t'aime aussi, mais plus fort que toi."
La main de Vigo allait et venait dans la cambrure du dos de la jeune fille.
"- Alors là, je soussigné que absolument pas.
- Je soussigné que si.
- Je soussigné que nous nous aimons à égalité.
- T'as raison, c'est plus pratique."
Ils se sourirent.
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# Posté le vendredi 16 juin 2006 02:36

Modifié le samedi 01 juillet 2006 14:32

n°31

[Désolée de faire deux articles à la suite, mais il faut bien le remplir ce p'tit blog! ^^
Et Hélène, si t'as quelque chose à redire, j'éditerais à ton goût. =)
Voilà, tout le monde est content, je peux commencer? Merci ^^]

Lena boucla son sac, puis lança un regard franc à Kim. Ce dernier le lui rendit, prit Solène encore endormie dans ses bras et sortit du nuage en agitant ses six grandes ailes blanches. Lena rajusta ses chaussures, sauta dans le vide et battit des pieds pour remonter immédiatement. Le jeune couple se mit à voler côte à côte en silence. Il était tôt.
Ils se pos
èrent devant la maison géante, toquèrent discrètement; un Flame tout ensommeillé les accueillit, et ouvrit des grands yeux aux quelques mots que Kim lui glissa.
Lena embrassa tendre
ment sa fille, l'archange la serra une fois encore contre elle, puis ils la confièrent aux soins de Flame, qui la déposa dans le lit à côté de sa propre fille et repartit se coucher.
La gothique et l'archange marchèrent un moment côte à côte, sans rien dire. Kim voyait bien dans les yeux de sa femme que quelque chose la trac
assait; il attendit les mots qui ne venaient pas, pour finalement dire d'une voix douce;
"- Ça ne va pas?"
Lena ne répondit pas tout de suite.
"- Non."
Kim ne dit rien penda
nt un moment, coordonant ses pas à ceux de sa femme. C'était une drôle d'image que de les voir, l'archange en armure et la gothique habillée solidement, côte à côte, unis par le silence et tout ce qu'ils avaient déjà vécu, et quelque chose de plus profond encore, encore plus que l'amour.
"- J'ai peur, finit par avouer Lena."
Kim n'ajouta rien.
La peur était naturelle. Et qu'y avait-il à dire?
"- J'ai
peur d'y retourner, poursuivit-elle. Mais il le faut."
L'archange s'arrêta soudain.
"- Tu en es sûre?"
Elle s'arrêta
à son tour et se tourna vers l'homme qui partageait sa vie.
"- J
'en suis sûre. Sans ma magie, c'est comme si... Comme si on te coupait les ailes, à toi."
Presque inconsciemm
ent, Kim remua doucement les ailes en question.
"- Dans ce cas..."
Ils r
eprirent leur marche.
En temps normaux, rentrer en enfer pouvait se faire n'importe où sur le globe,
à condition de posséder magie, ce dont Lena ne bénéficiait pas à cet instant. Il fallait donc qu'ils empruntent l'entrée "officielle", c'est à dire celle du Styx.
"- On devr
ait voler, proposa soudainement Kim.
- C'est vrai."
L'archange déplia ses ailes avec un
claquement sonore, désignant l'espace de son dos qi n'était pas occupé par ces dernières à sa femme qui s'y installa prudemment, et s'envola dans le ciel encore clair du matin.

L
e voyage se poursuivit sans trop d'encombres; Kim étant très endurant, voler plusieurs heures à 200 km/h ne posait pas spécialement de problèmes. Ils mirent environ deux jours à arriver à aborder les rives du Styx, mais faillirent bien ne jamais y arriver lorsque l'archange, épuisé, se laissa tomber dans un nuage...

"- Kim?"
Le Kim en question s'était écroulé
sur la surface cotonneuse, les yeux clos.
"- Oui?
- On est sur u
n nuage.
- Je sais bien.
- Mais un nuage ça bouge.
- Je-sais.
- Conclusion?"
Kim donc, se pencha. Se pencha et attra
pa vite fait sa femme par la taille pour planer vers la terre ferme, afin de passer la nuit sans risquer de bouger d'un poil.

Le Styx était un fleuve sombre, aux remous parés de re
flets dorés, rouges et noirs.Une légè§re brume flottait en permanence au-dessus de ses eaux. D'inquiétants arbres morts laissaient pendre leurs branches au-dessus des remous, ajoutant une touche encore plus glaciale à l'ambiance.
"- Charmant, lâcha Kim en se posant délicatement.
- Et encore c'est que l'entrée, ajouta Lena en descendant du dos de son mari."
Un
e forme sombre, d'abord floue, s'approchait lentement du couple insolite, puis ses contours finirent par se préciser.
Une simple barque dérivait sur le courant. Des mains osseuses
et en lambeaux aggripaient une pagaie rongée par les flots, le tout appartenant à un capuchon qui ne couvrait que le vide. Un courant d'air semblant sortir des entrailles de la terre gelait le sang dans les veines, mais le conducteur invisible ne parassait pas en souffir.
Lena, entra dans l'embarcation sans un mot, suivi de Kim. Un craquement retentit soudain
et le jeune couple s'aperçut alors qu'il n'était pas seuls sur le navire funéraire. Des squelettes, des corps en charpie, des formes indistinctes comme des esprits s'agitaient, se cognant et s'entrechoquant les uns contre les autres, brisant parfois leurs rotules ou leurs cubitus en un choc sinistre.
"- Ils sont venus en touristes, ceux-là? lâcha ironiquement
l'archange qui était entouré d'une aura clairement visible au milieu de tout les défunts."
Un squelette ébaucha un sourire à faire pleurer les corbeaux avec ce qui lui rest
ait de dents et posa ses phalanges fracturées sur l'épaule de Kim qui s'en débarassa d'un coup de main.
"- Evite de trop les titiller. Ils n'y peuvent rien si ils sont partis
.
- On peut qu
and même se poser la question, répliqua Kim en repoussant les main qui cherchaient à le palper, mais l'arrêt soudain de l'embarcation lui soutira un soupir de soulagement."
L'air so
mbre, Lena se laissa tomber à terre et tira d'un geste brusque sur sa manche, la rabattant sur sa main.
"- Quand faut y aller..."
Nos deux aventuriers s
'avancèrent vers ce qui semblait être une descente sans fin dans les entrailles du sol. En effet, pendant ce qui leur sembla durer une éternité, ils descendirent dans le noir le plus complet, échangeant parfois un ou deux mots pour se rassurer de la présence de l'autre, effleurant leurs mains de temps en temps, lorsqu'une lumière étrange éclaira là où ils se trouvaient.
Une plaine, sans l
imites précises, s'étendait à perte de vue, champ de végétation morte et fanée sous un ciel rouge sang. Une croix se dressait à ce qui semblait être le milieu de ce paysage apocalyptique, couverte d'un liquide sombre ressemblant fortement à l'hémoglobine humaine.
"- Bienvenue chez nous, laissa tomber L
ena avec une pointe d'humour aussi noir que que les quelques nuages qui moutonnaient dans le ciel chamarré."
Kim ne releva pas la remarque et s'envola d'une impulsion.
"- Non
! protesta la gothique. Je préférerais arriver... Discrètement.
-
Mais il n'y a personne! se justifia l'archange.
- C'est ce que tu vois. Il y a bien plus de monde ici qui tu
ne crois.
- C'est bon, bougonna Kim. Mais on ne sait même pas si cette
plaine à une limite!
- Fais-moi confiance, dit simplement Lena."
Kim lui fit confiance.
Ils cheminère
nt un moment dans le silence mortuaire des fleurs fanées; la seule végétation était constituée d'énormes roses noires enchevêtrées d'épines coupantes comme du verre, étouffant mêmes les arbres rabougris et carbonisés jonchant le sol.
Les belles noires grimpaien
t jusqu'en haut de la croix, la plus grosse et la plus fournie de toutes au sommet de cette dernière, ouvrant ses pétales au ciel comme pour y recueillir quelque chose.
"- Wouah. S
i Freedom voyait ça.
- Il l'a déjà vue, rassure-toi."
Lena s'arrêta soudain.
"-
On va monter le bivouac. Ici."
Elle désigna un amas rocheux planté là.
"- Comme tu veux, dit simpleme
nt l'archange."
Il n'était pas vraiment rassuré à l'idée de camper sous u
n ciel rouge sang, au milieu d'une plaine couverte de roses noires et pleines d'épines, mais il n'en laissa rien paraître et planta la tente selon la décision de la gothique.

Roulés en boule dans leurs sacs de couchage, aucun des deux ne dormaient.
Lena fixait les parois de toile de ses
grands yeux sombres, les bras le long du corps.
"- Je les
sens pas ces roses, avoua finalement Kim."
En effet, il n'avait pas relevé à sa femme les quelques cadavres qu'il avait vu,
le corps ou ce qu'il en restait couvert de profondes griffures, engoncés dans les entrelas d'épines. Il savait qu'elle les avait remarqué, de toute façon.
"- Elles ne peuvent rien
nous faire.
- Ah?"
Lena eut un soupir et se
releva. Elle sortit de la tente et posa le plat de sa main sur des runes gravées dans la pierre, puis retourna se blottir contre Kim, savourant son parfum et le bruit de son souffle calme.
"- Lena?
- Oui?
- Je t'aime."
Elle ne dit rien, resserant juste inconsciemment son étreinte, avant de remettre son âme à Hypnos,
priant pour qu'il ne la lègue pas à son frère Tathanos.

"- Maître... Maître...
- Comment oses-tu... Me déranger... Vermine! rugit la silhouette plongée dans les ténèbres.
- Mais,
maître...
- Je t'ai di
t de me laisser TRANQUILLE! hurla le maître
- Mais ils arrivent..."
Soudain la silhouette s'immobilisa.
"- Qu'as-tu dit, misérable?...
- Ils arrivent, maître,
répéta le serviteur en se jettant aux pieds de l'ombre.
- Mais c'est encore trop tôt... Trop tôt... Qu'importe... Qu'elle vienne, lui et son pigeon... Je les attend... Maintenant va
... Et ne me dérange plus pour des broutilles...
- Oui, maître! sanglota l'esclave en se retirant à reculons, toujours prostré."
L'ombre tapota impatiemment le bras de son fauteuil d
e ses doigts griffus. Quelque chose le tracassait. Quelqu'un, plus précisement. Tout à coup, le maître renversa sa tête en arrière, et une sorte de rire cruel sortit de sa gorge en un hurlement sonore à glacer le sang, se répercutant sans fin contre les parois.
"- Qu'elle vienne, répéta t-il pour lui-même. Qu'elle vienne... Je l'attend..
."

"-
On ne peut vraiment pas voler? gémit Kim que la marche à pieds rendait maussade.
- Non, répondit pour la quinzième fois Lena en une heure."
Ils avaient successivem
ent traversé la plaine, puis une sorte de gigantesque forêt où planait un brouillard inquiétant, puis comme un énorme désert parsemé de roches rouges où coulait un fleuve de lave, et maintenant ils arrivaient sur une longue étendue de sable ocre.
"- Lena, dis-moi la vérité. Où est-ce qu'on va?"
Elle ne répondit pas tout de suite. A la pla
ce, elle se laissa tomber sur le sol, et une larme coula, laissant une traînée sombre sur sa joue pâle.
"- Lena... soupira tendrement l'archange.
- Je nous promène, avoua
la Lena en question avec un hoquet."
Soupir côté Kim, sanglot côté Lena.
"- Lena, tu veux récupérer tes pouvoirs?...
- Oui."
Kim conclut en silence en se redressant et en
tendant une main à sa femme. Lena releva la tête, saisit la main de l'archange et ébaucha un sourire, chose qu'elle n'avait pas faite depuis bien longtemps.

"- Et maint
enant, on va où? hurla Kim, la voix à moitié happée par le vent.
- Par là! répondit Lena sur le même ton, étendant un bras vers un point au loin."
La vitesse les grisaien
t, ébourriffant leurs cheveux. Voilà bien deux heures qu'ils survolaient une mer encre de Chine sans en voir le bout, quand tout à coup Lena cria quelque chose mais le vent éparpilla ses mots. Elle se débattit tant et si bien que Kim, destabilisé, faillit la laisser tomber mais la rattrapa in extremis pour se diriger vers une sorte de grotte découpée dans la paroi rocheuse qui venait d'apparaître.
"- C'était moins une, lâcha t-il en s'écroulant sur le sol humide.
- Je disais: C'est là!"
Elle eut un ample m
ouvement qui englobait la caverne et bien d'autres choses non définies.
"- Ça tombe bien...
- Oui, c'est sur, même si c'est moi qui ait faillit tomber, ajouta t-elle."
E
lle se releva difficilement pour s'avancer de quelques pas vers le fond de la cavité.
"- C'est par là.
- Ah?
- En fait, je te cache pas que c'est pas la plus accessible d
es entrées. Mais bon, tant qu'on est là..."
Kim
agita un instant ses grandes ailes blanches avant de suivre sa femme. Bientôt, le noir les engloutit totalement, on entendait plus que leurs respirations saccadées.
"- Kim?
-
Oui?
- Je... tu veux pas prendre ma main?"
Kim eut un sourire que jamais personne ne put voir et Lena rougit légèremen
t. Les doigts de l'archange s'entrelacèrent avec ceux de la gothique et ils continuèrent leur avancée.
"- Chut!... Ecoute..."
En effet, venant du fond de la grotte, un hu
rlement très lointain retentit dans le silence.
Lena serra
les dents.
"- Ça ne va pas?
- Si..."
Sa main serra plus fort celle de Kim.

"- Maître, maître...
- Quoi encore,
larve? beugla la silhouette avachie dans son fauteuil.
- Ils
approchent...
- Je t'avais dit... De ne plus me déranger..."
Une main griffue saisit le pauvre esclave à la
nuque, faisant craquer une à une ses vertèbres, le laissant à l'agonie.
"- Je n'ai pas envie... De t'achever... Mes ordres étaient pourtant clairs..."
Il lâcha brusquemen
t le serviteur qui tomba avec un bruit morbide.
"- Tâche maintenant..
. D'obéir à ton maître... Si tu n'es pas mort d'ici là..."
Un ricanement cruel s'échappa de la bouche
du maître où des dents pointues s'échappaient.
L'esclave se traîna lam
entablement, hurlant à la mort, n'éveillant aucune pitié chez l'ombre assise qui s'esclaffa avec encore plus de cruauté.
"- Maintenant débrouille-toi pour t'en aller... Je ve
ux être seul..."
La silhouette se replongea dans ses réflexions, ignorant le corps désarticulé
qui rampait à ses pieds.

La respiration de Lena s'interrompit. Elle sentait l
a puissance du Maître des ténèbres jusqu'ici.
"- Kim...
- Oui?"
Lena se força à respirer pou
r oublier la peur.
"- Ça ne va pas?
- Non.
- Oh.
- Je le sens.
- Qui ça?"
Elle ne
répondit pas, avança seulement jusqu'à déboucher à l'entrée d'une énorme salle morbide, où l'humidité suintait des murs couverts de sang et de sueur. La pièce sentait le renfermé, la mort, et le Mal. Kim apparut juste derrière elle, posant une main sur son épaule lorsqu'une voix caverneuse et carressante s'éleva.
"- Entre... Je t'attendais... Je
savais que tu reviendrais... Lena..."
L'ombre se leva enfin tandis que la gothiqu
e se raidit. Le Maître Suprême des Ombres s'approcha d'elle, saisit son menton entre son pouce et son index pour l'embrasser goulûment, tout en promenant son autre main sur le corps de Lena qui se débattait avec fougue. Soudain, elle mordit la langue de la créature du plus fort qu'elle put; un flot de sang s'écoula, dégoulinant jusque sur le sol avec des bruits répugnants. Il ne semblait pas en souffrir le moins du monde; au contraire, plus Lena se débattait, plus il s'en amusait.
Le Maître mordit la lèv
re de la jeune femme qui se mit à saigner.
"- Je te rend la pareille, vois ma générosité, ricana t-il."

Kim était littéralement pétrifié quand soudain il empoigna sa lance
-mitraillette. Il fusilla le Maître des Ténèbres qui arrêta toutes ses balles d'une main, protégeant du même coup Lena.
"- Tu devrais faire attention... Pour l'instant ta
copine n'est pas immortelle et a perdu ses pouvoirs... C'est d'ailleurs surement pour ça qu'elle est ici..."
Lena avait finit par abandonner. Elle n'était pas de taille
contre son avdversaire, surtout sans magie...
"- Alors, tu es venue me réclamer quelque chose, continua le Maîtr
e. Tu aurais dû venir seule, on se serait bien amusés..."
Il eut un ricanement. La mâchoire de Lena se crispa.
"- Je t'écoute..."
Le Maître alla se rassoir dans son fauteuil
, délaissant la gothique qui essuya sa lèvre d'un revers de main, l'air farouche.
"- Je suis venue... Te réclamer mes pouvoirs... souffla Lena.
- Oh... fit Satan avec la-tête
-de-celui-qui-ne-s'y-attend-pas. Tu ne crois pas... Que si tu n'avais pas épousé ce pigeon... Tu n'en serais pas là?..."
Lena serra les poings de colère. Et ne répondit rien
.
"- Tu ne mériterais même pas d'être arrivée ju
squ'à moi aujourd'hui... Pour avoir mêlé ta chair avec ce... cet... cet Ange..."
Le Maître des Ténèbres ébaucha un geste de la
main, faisait apparaître une volute de fumée où l'on voyait Solène en transparence, couvertes de blessures, hurlante de douleur.
"- NON! hurla Lena
- Je sais bien... Que tu
ne voudrais pas que je fasse de mal à cette chère enfant... Solène... Comme c'est joli..."
Il frappa brusquement du poing sur l'accoudoir, le brisant en son milieu.
"Mais c'
est ce qui risque de lui arriver... Si tu n'acceptes pas de te plier aux ordres encore une fois! rugit-il."
Les yeux de la gothique s'emplirent de larmes de rage, et à cet in
stant Kim remarqua une chose troublante.
Lena et le Maître des Ténèbres, le Déteneur des Puissances Maléfiques, avaient le même tatouage sur la main droite...
"- Non... mur
mura t-il. Non, c'est impossible... Elle n'aurait pas pu... Me cacher ça?..."
La colère envahit le coeur de Kim. Alors... En plus il l'avait embrassée...
Un hurlement de rage
s'échappa de la gorge de l'archange, qui saisit sa lance, mittraillant Satan et déchaînant une puissance magique qui aurait terrassée trois dragons d'un coup, mais qui ne provoqua qu'un éclat de rire cruel chez le Maître.
"- Ce serait bête... d'engager un combat où tu ne sortirais pas vainqueur, mais en plus couverts de meurtrissures sans pouvo
ir mourir... Regarde-toi... Tu n'es pas de taille contre moi... De plus ta magie n'a aucun effet ici..."
Kim poussa un deuxième hurlement. Non! C'était impossible!
La voix de
Satan se fit soudain carressante lorsqu'il s'adressa à Lena:
"- Souviens-toi... Ta fuite... Comment avoir peur?... Ç'aurait dû être un honneur... D'épouser le Maître des Té
nèbres... Qui plus est ton propre frère..."
La pupille de Kim se rétracta. La vérité était ailleurs... La vérite DEVAIT être ailleurs!
"- Te marier... Avec Moi... Toi qui ét
ais si puissante... Et tu as tout perdu... Pour après t'allier avec ce pigeon... Lena... On aurait pu sceller notre amour... Et devenir le couple le plus puissant de l'Univers...
- Je ne t'ai jamais aimé! hurla soudain Lena, qui ne contenait plus ses larmes.
- Si... Souviens-toi... Cette nuit-là, dans la cave... Tu aurais dû être enceinte... Ma
is cette tentative a échouée..."
Lena se mit à sangloter.
"Ce pantin... J'ai oublié son nom... Aucune importance... J'espère au moins que tu as éprouvé du plaisir, ma Lena..."
Les gémissements de la gothique montaient sous la voûte.
"Non?... Tant pis... Tu n'as pas porté... Tu n'as pas été digne de porter... Cet enfant qui aurait été le plus p
uissant... Le plus maléfique... Des gosses de cet Univers... A la place, tu as eut cette morveuse, de ce niais qu'on appelle Kim..."
Ce dernier se retenait à grand-peine
de bombarder Satan de toute la puissance de sa magie, car le Maître avait bien raison en une chose, c'est qu'il ne l'aurait pas vaincu...
"- Arrête... Arrête, je t'en sup
plie... sanglota Lena, agenouillée aux pieds de son frère.
- Je ne vois pas pourquoi... Je te fais seulement ressentir une partie de la douleur que j'ai moi-même éprouvé
lorsque tu as fuis... Je t'aimais, Lena... Je t'aime toujours..."
Satan saisit la gothique par le col pour la déposer en face de lui, sur ses genoux.
"- Tu ne peux pas ai
mer, cria soudain Kim qui avait changé de stratégie.
- Oh, mais bien sûr que si... Et je vais te le prouver encore une fois..."
Satan donna le plus répugnant des baisers à
Lena.
"- Vois... Ta
Lena... C'était toute ma vie... Cette vie qui n'a ni fin ni sens sans elle...
- Arrête! gémit Lena. Arrête... Tu n'aurais pas dû m'aimer comme ça...
Mais comme un frère qui aime sa soeur...
- Il se trouve que je t'aime tout court... Qu'importe nos liens...
- Tu ne peux pas aimer, répéta Kim."
Satan rugit.
"- Et qu'en
sais-tu, pigeon?
- C'est la
stricte vérité.
- Qu'en sais-tu... Chérubin..."
Il eut un mouvement rageur et une nuée de chauves-souris fondit sur l'archange qui resta de ma
rbre. A environ 30 centimètres du corps de Kim s'était formé un champ magnétique qui repoussa tout les animaux d'un coup.
"- Misérable poule... Tu épouses celle qui devai
t être ma femme... Et tu te permets de m'insulter... Chez moi..."
- Je ne t'insulte pas. Tu ne peux pas aimer, c'est tout.
- Ah oui? Et pourquoi, Monsieur Pigeon?
- Le Mal
n'est pas sensé pouvoir se reproduire. Un seul suffit largement, déjà, mais de plus ce n'est pas prévu."
Satan partit d'un grand éclat de rire.
"- Prévu? Et prévu par qu
oi?"
Kim ne se laissait pas troubler par
les ricanements du Maître, même si la main sur le haut de la cuisse de Lena le gênait jusqu'au plus profond de lui-même.
Satan so
udain se désinteressa de l'archange pour s'adresser à sa soeur:
"- Si je n'avais pas la moindre once d'affection pour toi, je refuserais de te rendre tes pouvoirs et ton
immortalité... Mais comme je t'aime, je vais t'accorder cette faveur... A une condition...."
Lena serra les dents car elle savait bien ce que Satan allait lui demander en
échange.
"A condition que tu te marries avec MOI!"

Un rugissement cruel lui échappa, dérangeant les chauves-souris qui s'étaient tranquillement raccrochées au-dessus de l
eurs têtes. Le visage de Kim s'assombrit lorsque Lena répondit platement:
"- Oui.
- Parfait! tonitrua Satan qui lécha les lèvres de sa soeur avec ferveur comme pour scell
er ses paroles."
Kim serra les dents lorsque la bouche du
Maître des Ténèbres se posa sur celle de sa femme; bientôt ce dernier la repoussa et dit:
"- Je te laisse le tem
ps de te préparer et surtout celui de te séparer de ton pigeon... En attendant, qu'on me fasse venir les nouveaux arrivants!"
Satan paraissait de toute évidence remplit d
'une joie sans pitié, et renvoya l'archange et la gothique d'un simple signe de main.

"- Lena. Oh. Lena."
Kim se laissa glisser contre la paroi rugueuse de la grotte. Il
revoyait sans fin les baisers que Satan avaient arrachés à sa femme.
"Pourquoi tu ne me l'as pas dit?"
La voix de Kim était aussi douce que les plumes qui ornaient ses ai
les.
"- Parce que je craignais ta réaction, finit par avouer Lena avec
un sanglot.
Kim se leva soudain, plein de colère. Comment Satan avait-il osé embrasser sa propre s
oeur, qui plus est devant lui, son mari? Comment Lena avait-elle pu taire de telles horreurs?
Rageusement, il frappa de toute la force de son poing contre le mur qui se
fissura, et recommença au même endroit, avec son genou. La paroi s'éboula. Lena en fit autant. Kim soupira et s'accroupit près d'elle.
"- Je ne suis pas fâché contre toi.
.. Tu n'y peux rien... Mais contre Satan..."
Lena aggrippa le cou de l'archange du
plus fort qu'elle put, respirant à pleins poumons son odeur rassurante.
"- Pourquoi tu
ne me l'as pas dit plus tôt mon amour?..."
Kim l'avait prise dans ses bras et la berç
ait doucement, blottis contre la pierre humide de la caverne.
"- Parce que...J'ai eu p
eur que tu me laisses si tu avais su...
- Tu sais bien que jamais, jamais je ne te laiss
erai... Même pour la plus énorme des révélations... Je t'aime trop pour ça..."
Les
larmes inondaient le cou de Kim, dévalant ses clavicules jusque sur son torse en un ruisseau continu. Les perles glacées qui couraient sur sa peau bleutée lui faisaient aussi mal que des lames de rasoir.
"Allez...
- Tu sais, si j'ai dis oui c'est pour nous faire
gagner du temps... Tant que je suis vivante, je suis libre... Mais si je meurs, je devrais rester ici. Pour l'éternité."
Kim comprit soudain. Ce que Satan avait prévu. Ce qu'
il allait faire. Sans aucune pitié. Il serra aussi fort que possible le corps frêle de Lena entre ses bras.
"- Il ne te tuera pas. Je te défendrais coûte que coûte. C'est un
e promesse."
Un temps.
"Et tu sais que je tiens toujours mes promesse
s."
Un début de sourire flotta sur les lèvres de Lena qui se releva.
"- Maintenant, il nous faut un plan.
"
Ils eurent un regard complice.
"Et côté plan, je crois que j'ai
ce qu'il faut..."

Satan était rempli d'une joie féroce. Ses doigts griffus tapotèrent un instant le bras de
son fauteuil, abîmant encore plus le bois criblé de creux et de bosses. Soudain, il se leva. Ça faisait un moment qu'il n'avait pas été voir un de ses endroit préférés.
Pr
esque gaiement, il se mit à déambuler entre les plateformes de torture. Une goule l'aperçut et vint se prosterner devant lui.
"- Maître, quel plaisir... Ça faisait si longtem
ps...
- Cesse de te répandre, Sill... Et lève ton verr
e au mariage du Seigneur des Ténèbres!
- Maître, vous allez vous marriez? Oh, je vois..."
Sill ricana cruellement.
"- O
ui, je vais me marier, Sill... Avec elle!
- La fille
!? Le serviteur fantomatique prit un air machiavélique. Ah oui, celle-là...
- Je l'ai retrouvée... enfin... Elle est à moi
!"
Sill ne dit rien, frottant seulement ses répu
gnantes mains l'une contre l'autre. Partout autour des deux personnages, une odeur de mort et de cruauté se répandait, de chair grillée mélangée à la souffrance qui régnait. De sombres silhouettes hurlaient à vous percer les tympans, s'associant au ressac du magma rongeant lentement les falaises, ainsi qu'au crépitement incessant des flammes. Les Enfers étaient un monde de sang et de sueur, suitant la haine et la cruauté.
Le rire sinistre de Satan s'éleva au milieux de
s plaintes de ceux qu'on avait condamnés à la souffrance éternelle.
"- Et cette fois, je ne laisserais personne se charger du plaisir de lui faire avoir ce fils!
- Maître, v
otre cruauté m'inspire.
- Je te dis
pense de flatteries, Sill! Demain sera le plus grand des jours...
- Je n'en doute pas, Maître.
- Tu seras mon témoin!
- Moi, Maître? Je ne
sais comment vous remercier!
- Tu es le moins incapable de tous, crétin! Et cesse de baver sur mes pieds, tu auras besoin de ta salive! Maintenant laisse-moi, il faut que réfléchisse!"
Le Seigneur de
s Ténèbres claqua des doigts, ce qui eut pour effet d'accentuer les plaintes des torturés, et tourna les talons.

"Et si jamais il ne t'entend pas
...
- Chut!"
Kim ferma l
es yeux et porta les mains à ses tempes. Sa concentration devait etre optimale si il voulait contacter "là-haut".
Un appel d'une puissance horrifiant
e résonna dans le cerveau de la mort.
"C'est qui? Et puis vous pourriez pas baisser le volume?
- C'est Kim.
- Oh. Ça va?
- Oui, enfin non, en fait je ne te contacte pas pou
r engager la conversation. Le sort de l'humanité en en jeu.
- Rien que ça. Et je peux savoir en quoi je serais utile à sauver le monde?
- Ecoute, je n'ai pas beaucoup de temp
s. Rejoins-moi à la caverne qui donne sur la mer, aux Enfers, tu vois?
- Oui, evidemment. J'arrive."
La communication fut coupée.
Kim se tourna vers Lena adossée à la paroi h
umide.
"-
Il arrive.
- Mais... Et si jamais c'est trop tard...
- Lena, il ne se passera rien, tout va aller comme prévu.
- Mais..."
Il ne la laissa pas finir, et l'embrassa
passionément.
"Je t'aime, tu comprends? Je ne veux pas qu'il te fasse de mal, et tout ce que je te dis maintenant je te le promets, encore une fois. Je ne fais pas de promess
es en l'air, Lena, tu le sais.
- Je sais, soupira t-elle après un temps.
- Je ne veux pas briser une si belle scène de ménage, interrompit une voix, mais je croyais qu'il y
avait urgence."
Les deux amoureux sursautèrent.
"Depuis quand es-tu là? questionna Kim.
- Depuis le baiser. Je savais pas mais tu as l'air doué!
- Hum, euh... Je... Bref...
- Tu devais me raconter, dit charitablement la mort.
- Oui. Je vais faire court, excuse-moi Lena si je parle de toi en ta présence."
Kim résuma la situation.
"Je vois, tu me
demandes de jouer sur ma part de féminité pour le faire craquer?
- Pas vraiment, en fait le tout est de faire diversion pour qu'on puisse prendre la fuite. Que tu le destabi
lises assez pour qu'il ne s'aperçoive pas tout de suite de notre départ.
- D'accord, je pense que c'est faisable.
- Il y a une faille dans ton plan, intervint Lena qui n'avai
t pas ouvert la bouche jusque là."
Les deux personnages se tournèrent en meme temps vers la gothique qui se leva.
"Je n'ai toujours pas récupéré mes pouvoirs, et Satan ne m'
en cédera pas une once si notre union n'est pas scellée officiellement. Et meme, sans vouloir vous vexer, si la mort se démène pour provoquer et aguicher Satan, il ne pourra pas le faire changer d'opinion. Je le connais, c'est mon..."
Lena ne termina pas sa phrase mais personne ne l'encouragea à la continuer.
"- Tu penses que tu ne peux vraiment
pas les récuperer d'une autre manière? insista Kim.
- Là-dessus je vous aurais bien aidés, mais je ne peux pas. Je ne donne rien et je reprends tout, philosopha l'étrange cr
éature.
- Je ne sais pas, dit Lena, dubitative. Peut-être.
.. Peut-être."
Elle resta silencieuse, les yeux perdus dans le vague.
"Oui, reprit-elle, oui je crois qu'il y a bien
un moyen. C'est quasiment impossible. Quasiment. Je vais vous expliquer..."

Le Maître faisait les cents pas le long de la grève. Le mariage était prévu pour dans l'après-m
idi et il redoutait que Lena se soit fait la malle entre-temps. Soudain il fit halte.
"Que suis-je bête... grinça t-il."
Satan eut un déplaisant ricanement. De grosses vagues
sombres venaient s'échouer par intermittence sur le sable ocre, laissant des traînées plus foncées là où l'eau venait de se retirer. Le Seigneur des Ténèbres semblaitapaisé, semblait seulement car il leva les mains, et accompagné d'un puissant rugissement il fit s'élever un mur liquide. La masse tremblait, bouillonnait, comme si d'un moment à l'autre elle allait s'écouler, ensevelissant et détruisant tout ce qui se dressait en travers de son chemin. Mais Satan abaissa lentement ses paumes et la façade translucide, pourtant noire comme un nuage d'orage. D'un claquement de doigts, il réintégra sa caverne.

"Bon, je
vais me débrouillez...
- Fais attention... Ce n'est pas le premier crét
in venu que tu peux tromper...
- Je sais, répliqua la mort, d'ailleurs je le connais bien."
Lena ne répondit
pas, se rapprocha presque inconsciemment de Kim en regardant partir la silhouette mince sur son cheval. Il faisait noir dans la grotte; sur l'océan, une tempête furieuse se préparait. Lena aggripa le bras de l'archange qui sursauta.
"Tu m
'as fait peur!
- Désolée. Et elle ajouta mentalement, mais entre toi et moi, qui a le plus peur?"
Kim prit entre ses bras l
a gothique, le nez dans ses cheveux noirs.
"Il n'y
a plus qu'à attendre, murmura t-il pour lui-même..."

Il (ou elle?) ricana en reconnaissant l'endroit.
L'étrange créature sur sa
monture s'avança de quelques mètres dans la caverne parée de reflets changeants. Satan était comme à son habitude avachi dans son fauteuil, un costume tout froissé lui tenant lieu de vêtement de cérémonie.
"Coucoooou
, lança la mort du plus joyeusement qu'elle put."
Le Maitre des Ténèbres se raidit dans son siège; ses doigts griffus se crispèrent sur les bras
du trône.
"- Toi?
- Moi. Mais
bonjour tout de même."
Le drôle de personnage juché sur son curieux destrier adopta une posture légèrement provocante, esquissant un sourire bizarremen
t inexpressif. Satan courba une fraction de seconde l'échine, pour mieux fixer son regard cruel dans celui de la mort qui d'habitude gardait les yeux fermés. Un silence hésitant s'installa, oscillant entre abscence d'éclats de voix et hurlements.
Soudain, la mort se laissa glisser de sa monture pour se glisser derrière l'énorme fauteuil, passant une main étra
ngement douce et caressante entre les deux clavicules du géant posé sur le siège.
Ce dernier ricana; l'étrange créature lui faisait face, sans expression.
Soudain, Satan se figea
et son corps fut parcouru d'une curieuse lumière; petit à petit, il s'immobilisa, jusqu'à n'être qu'un espèce d'ectoplasme incapable de se déplacer.
Kim, le visage fermé, po
sa une main sur le coeur du Maître des Ténèbres, plus froid qu'un morceau de glacier. Un courant traversa le bras de l'archange secoué de soubresauts.
Lena assistait à la s
cène, à moitié cachée derrière l'entrée de la grotte. Une larme roula sur sa joue. Elle sentait l'énergie de Kim diminuer au fur et à mesure de l'opération.
"Pourquoi tu fais
ça? murmura t-elle pour elle-même."
La réponse lui vint naturellement.
"- Parce que je t'aime."
Kim fut soudain pris de violente convulsions. Serrant les dents, il encaissa
it les chocs les uns après les autres, sans un mot, sans un cri.
Mais s'il y avait bien quelque chose que personne n'avait remarqué, c'est que peu à peu, l'armure fantôme qu
i emprisonnait Satan se fissurait lentement mais sûrement.
La transfusion se termina et la coque qui enfermait le géant explosa; ce dernier se rua sur Kim, les pupilles dila
tées.
"Toi... Tu ne sais pas ce qui t'attend
!"
Le Maître des Ténèbres écrasait entre ses énormes main la nuque de l'archange, le faisant suffoquer. Puis soudain son regard se
porta sur Lena; en un éclair, il lâcha l'être bleu qui s'affaissa en toussant. Mais avant que Satan ait pu faire un pas, un véritable déferlement de puissance magique s'abbatit sur la caverne, pulvérisant toutes les chauves-souris d'un seul coup. Le démon fut cloué à terre une seconde, assez pour laisser à Lena le temps de se jeter sur Kim. Une main sur le coeur de l'archange, elle l'embrassa presque férocement et fut projetée contre le mur noir de suie.
La magie avait réintégré le corps de la gothique.
Satan se d
égagea avec fureur du sort qui entravait ses mouvements, et saisit Lena au col.
"Tu es à moi, rugit-il. A MOI!
- Absolument pas, rétorqua Lena, parfaitement calme.
- Tu le s
eras dans un instant, alors!"
La gothique ferma les yeux et chercha le pentacle
de défense, qui repousse les esprits et attaques magiques et annule leurs effets.
Son frère f
ut littérallement jeté contre le mur d'en face qui devait bien se trouver à une vingtaine de mètres. Ni une ni deux, Lena saisit Kim par la main, le jucha sur son dos et s'enfuit dans le passage qui menait à la mer.
A mi-course, elle se laissa tomber sur le sol, hors
d'haleine.
Lena porta un regrad tendre sur son mari qui reprenait lentement ses
forces. Puis elle saisit le poignard qu'elle conservait en permanence à ses côtés et commença à graver le passage qui allait leur servir à remonter "là-haut".
Cette fois, el
le invoqua le pentacle du voyage entre les mondes et de la cohésion des esprits puis entrêmela le tout par une formule compliquée. Elle fut déconcentrée par des bruits de pas irréguliers en provenance du fond de la grotte.
"Oh non... Qu'y a t-il déjà après?..."
Lena s'agita quand soudain
elle eut un éclair de lucidité et hurla le dernier mot tout en saisissant la main de l'archange. Il y eut un bruit de fin du monde, l'espace autour d'eux se fondit en une spirale de couleurs et de formes indistinctes, et l'étrange couple atterit brutalement dans une clairière.
"Ça a marché! Kim! Ça a marché!"
Lena se leva et se mit à tourner, sauter, danser, v
irevolter, pleurer, chanter, hurler, pour finalement tomber dans les bras de son ange avec des hoquets de joie.
"On est rentré! tu te rends compte? j'ai récupéré mes pouvoirs!"
Len
a soudain plongea vers l'endroit où Kim était assis une seconde auparavant et bâtit un sortilège compliqué pour ne pas que Satan puisse découvrir où ils avaient atteris.
"C'est un p
eu dérisoire, mais je n'ai que ça pour l'instant."
Soudain la gothique s'immobilisa et baissa la tête.
"Kim, je voulais te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi... J'ai l'i
mpression de ne pas être à la hauteur pour te rendre tout ce que tu me donnes, tant tu es exceptionnel."
Elle s'interrompit, et plongea son regard dans le sien.
"Alors merci. Vraime
nt.
- De rien.

- Comment ça, de rien? dit-elle en fronçant les sourcils, contrefaisant la contrariété.
- De rien. Si j'ai fait tout ça c'est parce que je t'aime. Rien de plus. Alors
de rien."
Il lui sourit.
"- Tu sais, tu es vraiment troublant parfois, lâcha Lena après un moment de silence."
Elle eut un rire nerveux qui se transforma en un monumental fou-rire
.

# Posté le jeudi 01 juin 2006 18:07

Modifié le mercredi 18 octobre 2006 01:29

n°30

"- Fox! Sors de là! ordonna Stella tout en tambourinant à la porte de la salle de bain."
I
l rit.
"- Encore deux minutes!
-
Non, maintenant! Ou j'enfonce la porte!
-
T'as pas la force, rigola t-il, sa voix à moitié couverte par l'eau de la douche.
-
Ah ouais? On va voir..."
Ste
lla s'élança, une fois, deux fois. Tout en massant son épaule endolorie, elle recommença à hurler:
"- Fox, sors immédiatement de cette salle de bain!"
La bel
le Atlante s'élança à nouveau, et cette fois là elle eut deux surprises. La première fut de passer à travers la porte comme si elle n'existait pas, et la seconde celle de s'écrouler dans les bras de l'homme-renard qui la reçut avec un "ouch".
"-
Hey, t'énerves pas!"
Lorsqu'il riait, de minuscules rides se formaient aux coins de ses yeux. Stella ne put réprimer un sourire en se dégageant de son étreinte.
"- Ou
ais, et toi tâches de pas te noyer sous le jet de la douche la prochaine fois, répliqua t-elle en rabattant la porte."
Te
nant sa serviette d'une main, Fox se dirigea vers la commode lorsqu'une ombre masqua le soleil qui éclairait la chambre.
Ombre qui n'était autre que les mollets de Flame, qui disparaissèrent comme ils étaient venu.
"-
Flame se promène, dit simplement Fox.
-
Il a bien le droit, renchérit Stella, sa phrase étouffée par l'écoulement de l'eau.
- Exact.
"
Fox troqua la serviette scotchée à sa taille pour un caleçon et un short, laissant son torse et ses pieds nus. Il faisait déjà chaud pour un mois de juin.
"- J'ai faim! clama t-il.
- Comme t
out le monde,torqua Stella en surgissant de la salle de bain, un drap de bain enroulé autour d'elle. Devine ce qu'on mange, quand on a faim chez nous?...
-
Attend, laisse-moi réfléchir... Des pâtes?
- Tout juste."
Fox
se laissa tomber sur le lit, les mains derrière la tête, observant malgré lui la fissure qui gagnait du terrain sur le plafond.
"- Il va falloir faire quelque chose.
-
Pour lestes?
- Nan,
pour la fissure.
- Remarque pour les deux il faudrait agir.
- Mmm."
Stel
la enfila distraitement des sous-vêtements et un débardeur avant de pester contre on ne sait quoi.
"- E
t merde.
- Les
martiens attaquent? On va tous mourir?
- Pire. M
a jupe préférée est au sale.
- E
n effet, c'est une situation d'urgence."
Il
se tourna vers elle, penché sur un coude, le sourire aux lèvres; la elle en question ne put s'empêcher de rire.
"-
Qu'est-ce qu'il y a?
- Je re
pense à Pâques..."
Il y avait un brin de malice dans sa voix. Elle se jeta sur lui avec bonne humeur mais avant qu'elle comprenne, le plafond échangea de place avec le sol et elle retomba lourdement sur lui, le nez dans le cou de l'homme-renard.
"- H
éhé. On ne piège pas un vieux renard"
Ste
lla s'était blottie contre la poitrine de Fox, les yeux fermés pour mieux sentir son odeur et ses bras qui s'étaient refermés autour d'elle.
"
- Je croyais que tu avais faim, murmura t-elle.
-
C'est toujours le cas!"
Son rire monta jusqu'au plafond fissuré où il sembla flotter un moment, puis il se leva, soulevant sa femme avec lui pour la reposer délicatement sur ses pieds.
"- S
i madame veut bien se donner la peine...
- Tu veux que je cuisine, c'est ça? ^^"
La
madame en question gloussa avant de se diriger d'un pas souple vers la porte, seulement vêtue d'un débardeur et d'un boxer.
"-
C'est à peu près ça. Mais je ne suis pas contre le fait de te manger, si tu as la flemme, ajouta t-il avec un clin d'oeil."
Elle
le repoussa doucement et rit avec lui.

# Posté le jeudi 01 juin 2006 13:09

Modifié le jeudi 01 juin 2006 17:23