n°40 [ou comment passer du statut d'extraordinaires en autarcie à ados anonymes]

Un boulet de canon s'éleva dans les airs... et retomba avec force éclaboussures au centre de la piscine de Fox et Stella.
Une tignasse de cheveux roux refit surface quelques secondes plus tard; Guillaume attrapa le bord d'une main et de l'autre ébourriffa ses mèches cuivrées.
Zoé, affalée dans un tranzat, tourna nonchalemment une page de son Elle froissé et couvert de petites taches humides.
"J'ai surpris une conversation entre Papa et Maman tout à l'heure, lâcha t-elle sans lever les yeux de son magazine."
Guillaume ne broncha pas et l'encouragea à continuer silencieusement.
Zoé abaissa brusquement son Elle en fin de vie et annonça, la mâchoire tremblante:
"Ils veulent nous envoyer en pension!"
Guillaume s'enfonça légèrement dans l'eau, comme si un arbre venait de lui pousser sur le cuir chevelu.
"- En pension?!"
Ulcérée, sa soeur envoya valser Elle écorné et tongs d'un même coup. A cet instant, la cloche annonçant le dîner retentit par la baie vitrée grande ouverte.
"Tiens, voilà le doux son de l'hypocrisie! tiens-toi prêt, fais comme si tu n'étais pas au courant! glapit la jeune fille et se levant, lunettes de soleil relevées.
Guillaume lui emboîta le pas en laissant des trainées sombres sur le rebord de pierre.
"Le diner est ser... Guillaume, combien de fois je t'ai dis de pas rentrer trempé dans la maison!"
Stella leva les yeux au ciel, excédée, et posa lourdement la casserole de pâtes sur la table. Elle s'assit précautionneusement à côté de son mari et dévisagea Zoé et Guillaume une bonne minute ava,t d'entamer:
"Bien, votre père et moi avons...
- Non, toi toute seule! s'écria Fox en décalant sa chaise.
- Toi aussi! insista Stella en roulant de gros yeux. Je disais donc que votre père et moi avons pris la décision de..."
Le regard froid de Zoé l'interrompit une seconde. Elle reprit, mal assurée:
"... de vous envoyer en internat et..."
Une exclamation poussée à l'unisson la coupa une nouvelle fois. Fox décida de faire avancer les choses et pris la parole:
"On veut vous envoyer en pension, je sais, le mot est pas terrible et ça ne vous emballe pas, mais je vous assure que ce serait mieux pour vous... de... de s'éloigner un peu, avec d'autres ados et mes connaissances commencent à se limiter je dois avouer en matière de collège..."
A la vue de ses parents suppliants, Zoé ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.
"Vous vous débarassez de nous, en quelque sorte, dit finalement Guillaume, plongé dans une contemplation active de ses spaghettis.
- Non, non! tenta de se justifier Stella, non, c'est que l'on pense que c'est mieux pour vous de vous éloignez un peu et de...
- Vous vous débarassez de nous, c'est bien ce qu'on dit! hurla Zoé."
Les murs tremblèrent tant la porte claqua. De toute sa vie de porte, jamais elle n'avait connu plus violente fermeture, et pour cause: Stella mettait un point d'honneur à cela, et aucun huis ne dérobait à cette règle.
Très doucement, Fox pria sa fille de réintégrer la pièce, et presto. La fille en question s'éxecuta avec un agacement non contenu.
"Stella a raison, il n'y a pas lieu de se mettre en colère.
- De toute façon, vous avez la nuit pour y réfléchir. A vous de voir."
Le reste du repas eut lieu dans un silence mortuaire. Même les fourchettes n'osaient crisser. Zoé quitta la table en premier, et s'enferma dans la salle de bain. Guillaume débarassa, murmura un inaudible "bonne nuit" à sa mère puis grimpa lourdement les escaliers. Il s'écroula sur son lit, la tête enfoncée dans les oreillers. Zoé ouvrit la porte à la volée, enroulée dans une serviette couleurs soleil couchant, et fondit sur son placard. Dos à son frère, elle enfila un t-shirt ample et un boxer rayé.
"Bah qu'est-ce que tu fous? fit-elle en se retournant.
- Je regarde les acariens, rétorqua Guillaume en se retournant vers elle."
Sa soeur intégra son lit respectif et éteignit la lumière.
"Tu dors? questionna t-elle deux minutes de silence pesant plus tard.
- Oui!
- Guillaume?
- Mmh?
- Jpeux venir dans ton lit?
- ... Allez d'accord."
Il s'écarta et laissa la jeune fille se blottir contre lui. Il sentit son odeur familière et ses cheveux fauves qui frôlaient soyeusement son cou et ses épaules nues.
Il repensa à toutes les fois où il l'avait ainsi prise contre lui, lors des nuits sombres où des cauchemards flottaient entre leurs deux lits, et celles où juste l'envie d'être près de lui l'avait fait traverser la bande de moquette qui les séparaient.
Sa respiration calme lui faisait songer au vent chaud qui soufflait sur le campement au printemps.
"Guillaume, tu veux y aller, toi?
- Je sais pas. Ça pourrait être bien..."
Une exclamation suivit d'un remue-ménage en bas lui interdit de poursuivre le cours de sa pensée.

Stella lâcha un cri surpris en découvrant son fils aîné posté dans l'encadrement de la porte. Il portait un costume trois-pièces froissé dont le noeud de cravate était très détendu. De légères rides s'étaient creusées autour de ses yeux et de ses joues, mais ses yeux bleus électriques n'avaient rien perdu de leur malice.
"Sunny, mon fils, mon bébé! couina sa mère en ouvrant les bras.
Sunshine la prit contre lui avec précaution, comme s'il avait eu peur de la casser.
"Entre, entre!"
Il se déchaussa avec bonheur et s'étala dans le canapé. Stella s'installa face à lui, un verre de vin blanc dans chaque main, et en tendit un à son fils.
"Alors?
- Alors?
- Qu'est-ce que tu deviens? Si tu savais comme je suis contente!
- J'ai cru comprendre... He bien Maman, tiens-toi bien, ton fils est un riche bonhomme en Amérique avec des tas d'usines et de gens à sa botte!
- C'est vrai?
- Parfaitement!
- SUNNY!"
Fox éjecta son fils du divan. Il lui donna une accolade maladroite avec force claques dans le dos.
"Papaaa, suffoqua le jeune homme, littéralement écrasé contre son géniteur.
- Ça faisait un bail! Qu'est-ce que tu faisais?"
Enfin, Fox relâcha son étreinte. Sunny desserra encore sa cravate qui luttait pour ne pas se défaire totalement et se râcla la gorge.
"He bien, comme je le disais il y a quelques secondes à ma très chère mère, je suis un riche monsieur avec des tas d'actionnaires en Amérique.
- Mmmh... ça fait plaisir de te voir en tout cas!
- Merci. Mais j'y pense, où sont mes petites canailles? Qu'est-ce qu'elles sont devenues?
- Vois par toi-même, répliqua Stella en lui désignant l'escalier."
Sunshine fonça au premier sans se faire prier. Il se glissa silencieusement dans la chambre plongée dans l'obscurité, se planta près du lit et beugla:
"Salut, mes poulets! Comment va?"
Zoé ouvrit un oeil vitreux tout en se redressant sur un coude. A la vue de son aîné, elle sortit immédiatement de son coma ensommeillé et se jeta contre lui.
"SUNNY!"
Guillaume commença à reprendre conscience à cet instant, et tatônna pour allumer.
"Keskispass?"
Il sentit des bras aggripper sa tete et frotter son cuir chevelu.
"Mon Guillounou! Comment tu vas!
- Aïïïeeeeuh, gémit ledit Guillounou en se débattant mollement tandis que Zoé se trémoussait en arrière-plan, surexcitée. Qui me parle? Quoi qu'il y a?
- Sunny est rentréééé! exultait sa soeur."
La nouvelle eut le même effet douche froide; Guillaume ouvrit brusquement les yeux et tomba du matelas sur son grand frère.
Un calme joyeux succéda à l'euphorie. Ils parlèrent jusqu'au petit matin, sans s'arrêter une seule fois, ou alors juste pour savourer le fait d'être à nouveau réunis. Ils parlèrent du travail de Sunshine, du fait que eux avaient grandis et de la vie au campement et en Amérique.
Zoé et Guillaume en oublièrent jusqu'à cette histoire de pensionnat, du moins jusqu'à ce que Sunny lâche:
"Et les cours?"
Au lourd silence qui résultat de sa question, il comprit avoir touché un sujet difficile.
"Ah.
- Papa et Maman veulent nous envoyer en pension! explosa finalement Zoé en se dressant d'un coup sur le matelas.
- Mais c'est génial, au contraire! s'exclama Sunny. Vous allez rencontrez plein de gens, et puis... - Il se pencha vers ses cadets et poursuivit sur le ton de la confidence - vous serez loin de Papa et Maman!"
Zoé se rassit et fut comme illuminée de l'intérieur, tout à coup. Elle venait de réaliser qu'elle n'avait même pas songé à un aspect primordial de la question.
"Guillaume....
- Oui?
- Tu crois que c'est mixte?"
Sans attendre la réponse, elle dévala les escaliers et au hurlement qui sortit de la cuisine, Guillaume eut un sourire irrépréssible. Zoé remonta et tomba dans les bras de son petit frère, exaltée.
"C'est mixte, c'est mixte!"
Sunny se joint à la crise de joie, cassant au passage une latte du lit de Zoé en sautant dessus.
"On part tout de suite! ordonna cette dernière en renversant l'intégralité de son armoire dans une grosse valise rouge.
Dix minutes et une bataille contre le clip de la valise, Zoé était postée dans l'entrée. Stella lui jeta un regard étonné.
"Qu'est-ce que tu fabriques?
- On part quand?"
Les deux sourcils de sa génitrice se levèrent à la verticle.
"Tu as changé d'avis à ce que je vois... He bien... Donne-moi cinq minutes pour encourager ton frère à en faire autant, deux pour préparer la voiture et traîner ton père dedans, plus dix pour me rendre présentable..."
Sa fille eut un semblant de moue tout en s'asseyant sur le perron. A ce train-là, ils seraient partis dans plus d'une heure...
L'air était frais, mais sans nécessiter la sortie prématurée des cols-roulés et des écharpes. Zoé saisit un caillou sur le bord de la marche qu'elle occupait, jouant mécaniquement avec. Un souffle d'air souleva doucement ses cheveux fins, chatouillant ses joues et ses épaules. Et dire qu'elle n'allait sans doute pas revenir ici avant des mois et des mois...
Elle leva la tête, ses yeux amandes scrutant les alentours avec une sorte d'affection. Elle aimait chaque mètre carré qui l'entourait, de la pelouse trop longue qui envahissait son jardin au chemin mal ratissé qui passait devant.

# Posté le dimanche 29 avril 2007 14:33

Modifié le samedi 01 décembre 2007 09:16

N°37

c'étais l'été au temps des vignes, dans la grande oasis principale de la province Reterna, au désert de Koumbary, dans un village peuplés d'elfes nomades et sédentaires (dit du désert), vivais un garçon très jeune du nom d'Izura.
les provinces elfiques sont des pays où lon raconte que le temps s'est arrêté, toujours est il que kyle a bien sur percé le secret de la légendaire mais réelle longévitée des elfes.
Izura avais 50 ans, ses cheveux noirs coupés courts et denses contrastaient avec son oeuil gauche, qui est blanc, l'autre est noir (banal quoi, au fait, j'ai pas écrit depuis longtemps alors ce sera pas fameux) les traits de son visage, qui étaient fins il y a peut, avaient étés endurcis et "rapés" par la poussière et la chaleur; dans le village circulais une rumeur des rues, le roi des provinces sylvetres avait appliqué une taxe de 37% d'eau potable sur les oasis principales de Koumbary.
Si c'était réel dans peut de temps ce serais la famine. mais les habitant ne s'en inquiètent pas, et ripaillent dans leurs taverne, car comme le dit le dicton: "vis ta vie et accepte le changement, même si il vaut mieu essayer de l'éviter...", dicton qui résume assez bien la mentalitée festive et insouciante de ce peuple.

Un matin, Izura se leva à l'aurore, avant même le réveil des scorpions (qui se lèvent tôt pour boire la rosée du matin avant qu'elle ne s'évapore), et se sentait d'attaque pour aider à la récolte, même au zénith!
il faut préciser qu'il étais naturellment doué avec des lames(et très demandé aux récoltes)
a 8 ans, il coupais assez de bois pour tout l'hiver en une journée, et à 19 ans, il battais à plates couture le maitre kendoka de la ville sédentaire voisine.

BONUS!!! TECHNIQUE D'IZURA POUR RECOLTER LE RAISIN!!!!==il prend une dague dans chaque mains, et d'un mouvement souple du poignet, il les fait tourner pour couper la tige des grappe de raisin, il fait toute une rangée assez rapidement et après il ne lui reste plus qu'à rammaser. o^x^o


il se frotta les bras avec du sable (technique ultra secrète des elfes du désert pour endurcir sa peau en prévision d'un temps sec, sert aussi de truc pour faire tomber les peaux mortes) passa sa main dans ses cheveux pour les aérer, et ramassa sa sacoche qui traînait par terre, il l'enfila par dessus un bermuda en toile grise (la moins chère =s)
et prit son manteau qu'il noua autour de ses épaules.
en sortant de sa maison, il frissona, le matin étais rude, le temps sec et glacial piquait les narines et l'absence de rosée désorientait un peut le climat (pas un seul scorpion d'ailleur...)....des nuages noirs de forme fuyantes se traînaient à l'horizon tandis qu'à l'opposée, la lumière du soleil contait milles histoires dans un pays ou il faisait déjà nuit, avant de passer à une autre terre pour la brûler de tout son saoùl...
Izura cala ses mains sous ses bras et traîna des pieds vers les vignes, quelque chose flottait dans l'air, quelque chose de lourd...mais quoi...?
ça n'vait pas d'importance si on suivait la multitude de dictons sur le sujet, mais le jeune elfe étais de nature méfiante et prévoyante.
le soleil se lève vite dans le désert, le temps d'arriver à destination, la différence de lumière étais sensible! Le jeune elfe saisi ses dagues et commença à travailler.

4 heures étaient passées, pour se protéger du soleil, izura s'était enveloppé dans son manteau, quand les autres elfes arrivèrent, Bason, étais grand et musclé, une longue cicatrice sur sa jour témoignait de son gout pour les bagarres de bar, Shidra était fin et frèle, mais ça ne l'empêchait pas de résister à la chaleur même à deux heures de l'après midi, quand à Mrechouw, c'était un vieux paysant de 3500 ans qui n'avait plus toute sa tête, mais tant qu'il avait des bras...tout allait pour lui!

-Eh! Izura mon pote! Ca va? Tu fait quoi si tôt? hurla bason en direction d'Izura en mettant sa main en visière, J'tavais pas reconnu sous ton sac de raisin! XD
-bah...j'me sentais en forme se matin alors....
Alors tout le monde se mit au travail, pas le temps de bavasser, il faut récolter et faire du bon vin millésimé.
l'Après midi passa, harrassante et lourde comme du plomb, quand izura releva une mêche en sueur qui lui gênait un oeuil, il aperçu un nuage de poussière, loin, très loin...dèrrière l'horizon...mais il avais à peine remis sa mèche en place que le nuage passeit le stade de "derriere l'horizon" et étais maintenant à portée de sa vision.
-eh bason...regarde ça, des soldats de l'empire des arbres...c'est t'y pas joli? Siffla Izura à l'adresse de bason qui avais répandu tout son raisin par terre et s'affairait autour.
-mouais, c'est jamais qu'un tas de gens u_u, répondi-t-il en lui faisant signe de l'aider.
-AU FAIT! cria Shinra assez loin, C'ETAIS COMMENT TA NUIT DE NOCES AVEC TA CHERIE?hurla Shinra en direction d'Izura, LE faisant sursauter.^v^
-OUAIS! hurla bason, ON veut savoIR!¤_¤
-Hachemri raw meat! =__= ajouta le vieux Mrahox qui ne semblait pas s'apercevoir qu'il venait d'inventer des tas de nouveaux mots.
Izura leur lança un regard sévère et noir avant de saisir ses dague (petit instant etndu où les "récolteurs" se demandent s'il ont vexé le kendoka en chef...=S) pour recommencer son travail.
les récolteurs poussèrent un soupir et se promirent de ne plus recommencer...


-BASON! cria izura à bason, affairé à ramasser tout ce qu'il avait répendu à terre d'un maladroit coup de coude. c'est pas étrange de voir des elfes sylvertres ici?
-Mouais, c'est rien de plus qu'un tas de gens j'te dis!...=__=
-tu es borné par ces vieux dictons bason! ces elfes ne devraient pas être ici! c'est notre territoire! Siffla Izura avec amertume en montrant d'un doigt inquisiteur ce qui se révélait peu à peut une armée...

Tout les elfes coururent à l'entrée pour observer ce qui se passait,mais la cloche d'alarme sonna, ils étaient armés et de toute évidence, ils galopaient sur des montures reptiles agressives en direction de la ville.
l'affolement succéda à la curiosité,tout le monde courais en zig-zag, de droite à gauche, à la recherche de quelque chose pour se défendre, une feux, un gourdin, une chaise...
Les pupilles d'Izura se dilatèrent, il se décharga de ses récoltes et courut à toutes jambes en direction du village, il n'eut pas le temps d'entendre bason hurler qu'il devait se planquer dans la foret de palmiers, me vent sifflait dans ses oreilles.
quand il arriva au sommet de la dernière colline qui surplombais le village, il vit ses souvenirs, sa vie, ses amis...tout submergé par une vague de cavaliers experts qui s'appliquaient à tuer, raser, piller...sans réfléchir, il dévala la pente en roulé boulé et se rua vers sa maison.
trop tard, elle était en feu.
tout
et sa femme
il doit la sauver

peut importe le danger, il ne pense plus, en se jetant dans les flammes, il a du mal à croire que cet enfer brûlant était encore une maison ce matin.
mais quand il arriva dans le salon, il vit sa femme, mourante, et devant, un cavalier qui était sur le point de s'en aller.

le sang bout dans ses veines
sa vie est en danger, mais il a enfin compris les dictons: pas la epine de s'en faire, il faut faire ce qui est important.
l'importance est de sauver Leia, sa fiancée, il peut encore utiliser sa magie pour la soigner.
il bondit sur le soldat, et lui arrache la carotide avec les dents.
la monture flambe dans un coin
*odeur de viende brûlée*

les larmes aux yeux, il prend Leia dans ses bras et sent quelque chose d'humide dans le dos de sa femme.il regarde sa main, elle est rouge de sang.
c'est trop tard,il ne peut pas la soigner...Leia lui passe la main sur la joue, laissant une marque rouge dessus, et commence à s'éteindre lentement....

enfin sorti de cet enfer de flammes, le village est en déjà en ruine, Izura voit des cadavres par terre, du brûlé et des traces de magie.
tout est perdu, alors à quoi bon?
à quoi bon...
à quoi bon mourir sans avoir rien tenté?

le jeune elfe ramasse une épée par terre et se dirige vers un soldat monté, trop occupé à massacrer une petite fille, le soldat ne vit pas le coups venir. inexpliquablement, sa tête était tombée au sol.
-sortilège de base: massacre niveau un...murmura Izura d'une voix râpeuse.
Il désarçonna le cadavre et enfourcha sa monture, ces espèces de reptiles ne semblaient pas très dociles, alors il se contenta de lui faire comprendre d'avancer n'importe où, pourvu que ce soit en direction de la bataille.
mais le surnombre...c'était suicidaire.

que va-t-il se passer? suite au prochain épisode.

# Posté le lundi 13 novembre 2006 15:26

n°36

Lena se glissa dans sa baignoire, et tout en observant du coin de l'oeil son démaquillant pour yeux, elle vint par des démarches floues à la question suivante: Pourquoi est-ce qu'elle avait épousé Kim?
Il ne la faisait pas vraiment rire. Kim était d'une gentillesse sans égale mais il n'avait pas l'humour mordant de Fox ou d'Izura.
Il était beau, ça c'était clair et définitif. Toutes les filles de la Terre restaient scotchées dès qu'elle le rencontrait; ça l'agaçait mais elle s'y était vite habituée. Il faut dire qu'il y avait de quoi; Kim était doté d'un visage si fin et si harmonieux que c'en était injuste. Même si c'était un ange, cela restait déconcertant. Tout dans son corps, de ses orteils à la pointe de ses cheveux, était parfaitement proportionné.
Donc, il était beau. Gentil et beau.
Mais encore?
Il ne l'avait jamais jugé par son apparence. Le jour où ils s'étaient rencontrés, il n'avait pas détourné lâchement le regard comme la plupart de la populace. Il l'avait simplement regardé et bafouillé un truc si adorable qu'elle était tout de suite tombée sous le charme. Inévitable. Remarque, elle n'avait pas été plus convaincante ce jour-là.
Lena se fit violence pour s'arracher à ses réflexions et se savonner lentement. Elle se rinça et sortit de l'eau, dégoulinante. Immédiatement, le chat fonça à toute blinde entre ses mollets en ronronnant furieusement. Lena se dit qu'elle finirait par croire que cet animal était voyeur et s'enroula dans une immense serviette. Elle esquissa deux pas de danse dans le sol élastique du nuage et commence à peigner ses longs cheveux noirs avec application. Tout en se coiffant, elle observa ses yeux noirs, son long nez qu'on avait envie de pincer et sa bouche mince; son visage allongé, ses pomettes légèrement saillantes. Elle n'arrivait toujours pas à se trouver belle, mais la vue d'un miroir ne la faisait plus fuir. C'était déjà ça.

"Tout va bien... Inspiration... Tout va bien... Expiration..."
Une petite voix tira X de la méditation sommaire où il s'était plongé.
"- Non, ça ne va pas, et je sais aussi bien que toi pourquoi...
- Boucle-la, tu veux!"
X enfonça la petite voix au plus profond de son étui et rajouta un pan de son manteau par-dessus.
En effet, ça n'allait pas fort. Il savait pertinemment pourquoi. Mais ne savait pas comment y remédier.
"Je ne suis vraiment pas doué pour l'amour."
Et sur cette réflexion, il sauta de son rocher de douleur en essayant d'oublier ses tourments.

Solène se réveilla. Les bras chauds et moelleux de Dark l'entouraient, comme un cocon protecteur. Elle s'y enfonça et referma les yeux lorsqu'un hurlement explosa, quelque part sur sa gauche.
"HOKANO! RENDS-MOI CE PANTALON IMMEDIATEMENT OU JE N'HESITERAI PAS A ME SERVIR DE CE PIANO!
- Meurs! Il est parfaitement adapté pour...
- Oh, fermez-la, grogna une voix ressemblant fort à celle de Freedom."
La querelle ne se calma pas pour autant. Excédée, Solène se redressa. Dark reprit possession de ses membres supérieurs et se tourna de l'autre côté.
Ils s'étaient endormis sur le tas de poufs après un câlin plus ou moins long, vers une ou deux heures du matin.
Solène s'étira, orteils et ailes compris. Son pied entra en contact avec un objet froid et elle prit un air de chouette outrée. L'objet en question fut vite identifié et précipité dans les profondeurs de la poubelle pour rejoindre ses consoeurs cannettes de bière [de la Stella Artois, à prendre au second degré évidemment].
Il fallait dire que depuis que le hangar avait été refait, Solène préférait le garder en état.
Elle jeta un regard à ce qui l'environnait. Normal.
La jeune fille se dirigea vers le comptoir qui cernait à peu près la cuisine et se prépara un thé avec force baîllements. Elle porta la tasse à ses lèvres en contemplant Dark avec tendresse. Il avait les lèvres entr'ouvertes et était torse nu, un bras sous le pouf qu'il occupait et l'autre près du corps. Sa mèche sombre contrastait avec sa chevelure blonde. Solène adorait la tripoter, ça le faisait grogner grave.
Elle reposa la tasse. Lili s'était installée à l'ordi, une moue boudeuse sur le visage. Hokano vaquait à de mystérieuses occupations dans un coin quelconque. Freedom ronflait sereinement, lui aussi plus ou moins situable.
Solène avait eu beaucoup de mal avec la vie en communauté mais elle avait fini par abdiquer définitivement. Oui, en fait, elle aimait ce désordre rangé, ces gens différents, cet endroit immense. Elle aimait leur musique, leurs bruits. Leur vie.
Leur vie qui maintenant était la sienne. Sa vie.
Elle qui avait eu tant de mal avec les gens et le monde extérieur, avec ses parents et les événements en général, aujourd'hui elle avait gardé les parents, le sourire et un petit copain qui lui avait redonné goût à la vie en prime. Bingo.
"Ce n'est que de la chance, voilà tout."
Et forte de cette idée, elle remplaça Lili à l'ordinateur.

Stella se laissa tomber sur le canapé, exténuée. Ses yeux se fermèrent tout seuls.
"Maman... Maman?"
Il n'y avait que trois personnes sur cette planète qui pouvaient l'appeler ainsi; seulement elle n'eut aucun mal à identifier laquelle lui écrasait la poitrine.
"Maman réveille-toi... Zoé elle a..."
Stella attira le petit corps de Guillaume contre le sien et posa un doigt sur ses lèvres.
Le petit garçon fut surpris mais ne protesta pas, blotti contre sa mère qui se rendormait, les yeux grands ouverts dans l'obscurité.

X avait besoin de parler. X avait toujours besoin de parler, de toute manière, mais là c'était important pour sa santé mentale.
Kyle n'avait pas le temps; Shin n'était pas le meilleur psy qui puisse exister; Théodore le bannirait à tout jamais de l'Eglise; Lena était avec Franck, et enfin Stella avait d'autres chats à fouetter.
Quant à Léo, autant foncer droit dans une éruption volcanique qui sommeillait.
Il y avait bien d'autres gens, mais qu'en avait-il à faire de la petite vie triste de Yohan?
Voilà, X avait une petite vie triste. Point à la ligne.
Il se repercha sur son rocher de souffrance.

Fourbue. Épuisée. Déchenillée. Morte. En décomposition.
Tous ces termes correspondaient parfaitement à Carla.
Son t-shirt était couvert de sueur et de sciure; sa nuque et son front ruisselaient; ses cheveux noirs brillaient plus que d'ordinaire. Mais dans ses yeux il y a avait une indéniable fierté.
Elle se laissa glisser près de Vigo, contemplant toutes les heures de travail qu'ils lui avaient consacrés. Lui.
Il était loin d'être fini, c'était clair. Mais quand même.
La coque prenait une tournure acceptable; couché entre deux souches, le mat principal devenait plus imposant de jour en jour. Chaque coup de marteau ou de hache, chaquechaque passage de ponceuse et de perceuse, elle sentait le vent dans ses cheveux et l'iode dans ses poumons; la barre qui se cabrait sous ses doigts, Vigo l'enlaçant par-derrière pour l'aider, l'eau qui...
"Carla?
- Mmm?
- À quoi tu penses?
- À plus tard.
- Ah.
- Mais maintenant c'est maintenant. Et maintenant je suis fatiguée. Tu me fais une place?"
Sans attendre la réponse, elle s'installa au creux des bras du jeune homme. Il ne protesta pas et l'entoura affectueusement. Elle sentait son souffle régulier sur son crâne et son coeur qui battait la mesure entre les rebords de sa chemise légèrement ouverte.
Carla sentit le sien devenir léger, léger, comme si il allait sortir de sa poitrine pour rejoindre les nuages.

Lena sentait son énergie vitale renouer avec les forces telluriques, assise face à l'océan qui grondait. Elle écarta les orteils pour que le sable puisse passer plus facilement entre et lança un regard au profil de Franck.
Il avait changé. Et pourtant c'était le même, assis là, des cernes soulignant gracieusement ses yeux noirs, ses cheveux fins et blonds qui retombaient en boucles sur ses épaules, des vêtements sombres ornés de protections enveloppant son corps malingre.
Hier il ignorait tout le monde, s'enfermant sur lui-même. Sur la magie qui le composait. Lena savait que c'était pour mieux s'ouvrir, comme une fleur avant le printemps. Mais elle douterait que Franck apprécie d'être comparé à une fleur, elle gardait donc ses réflexions.
Depuis qu'il avait pris conscience de sa maladie, il était plus calme et avenant. Elle se demandait si c'était vraiment à cause de ça. Peut-être que sa rupture avec Solène l'avait aussi fait mûrir.
Mais connaissant sa fille, elle ne pouvait pas assurer que cette dernière ferait table rase de ce qui s'était passé. Solène était belle, farouche, sensible, et elle non plus n'assumait pas toujours ce qu'elle était et ce qu'elle valait.
Franck l'avait mis enceinte et n'avait pas assumé. Il ne l'avait pas soutenu, pas aidé ni aimé comme elle aurait voulu.
Lena appréciait Franck, mais sur ce coup-là, elle savait qu'il avait eu tort. Tort que ses sentiments envers Solène soient si peu démonstratifs. Tort de prendre ça avec tant de désinvolture.
Elle comprenait, d'une part, et ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine compassion. Mais Solène était sa fille, et en même temps elle ne pouvait que la soutenir.
Lena avait été peu spirituelle jusqu'à maintenant et faire preuve d'objectivité lui demandait aujourd'hui un effort énorme.
Alors voilà, Franck était son élève, et elle était bien obligée de terminer ce qu'ils avaient commencé.
Mais en faisant ça, elle avait toujours ce tiraillement au coeur en pensant à Solène.

Ladite Solène se demandait si sortir était bien raisonnable en ce moment. Des anges plus baux les uns que les autres sillonaient le campement, et vu son héritage génétique, elle se trouverait forcément des atomes crochus. Et elle ne voulait pas faire de bêtise.
Solène commençait à se connaître, maintenant. Si on la laissait s'épanouir, elle devenait enjouée, presque bavarde, mais pas stupide. Mais elle ne se contrôlait pas toujours. Ses sentiments l'embarquaient parfois, comme un canoe sur une rivière folle.
Solène était belle, mais craintive. Elle avait peur d'elle-même.
Elle agissait souvent avant de réfléchir. Et dans ces cas-là, elle regrettait.
Ça avait des conséquences désastreuses sur elle-même et sur les autres. Solène n'aimait pas tellement le changement. Elle avait du mal à s'arracher de ses sentiments et des gens auxquels elle tenait.
Elle n'était pas dépendante mais avait besoin de personnes solides sur qui se reposer quand aller de l'avant la fatiguait trop.
Donc, Solène se demandait si sortir n'allait pas lui faire faire de bêtise.
"Tant pis, ça me fera de toutes façons de nouveaux amis... Seulement des amis, hein..."
Elle enclencha l'ouverture du hangar. La porte s'ouvrit en grinçant tout ce qu'elle pouvait; dehors, les arbres se dépouillaient peu à peu de leurs feuilles rouges-dorés. Solène s'avança; chaque pas déchaînait un concert de craquements et de froissements. De curieux nuages gris-bleus s'amassaient tranquillement dans le ciel azur, comparable à des boules de cotons. Sur sa droite, la forêt déployait sa parure automnale, océan de nature orangée qui s'étendait magestueusement avant de se recroqueviller; sur sa gauche, le sentier principal serpentait à travers tout le campement. Elle s'y engagea, les mains dans les poches de sa veste. Elle remarqua qu'un minuscule trou était apparu dans la doublure et que du sable s'y logeait, résultat de la longue ballade d'hier sur la plage.
Un oiseau prit son envol. Solène agita inconsciemment ses ailes d'une blancheur immaculée. Elle mourait d'envie de le suivre mais sans trop savoir pourquoi, quelque chose la retenait fermement au sol.
Elle haussa les épaules, comme pour se débarasser d'une gêne invisible, et prit son élan.
Deux secondes plus tard, elle virevoltait en plein ciel. Aucune sensation n'égalait cette ivresse. Le paysage défilait, minuscule, sous ses pieds. Les courants d'air l'enveloppaient, la cajolait, elle avait l'impression de tous les connaître, ils étaient comme ses frères, ses enfants. Elle était reine du ciel, point minuscule blanc-gris dans l'immensité de l'azur. Il n'y avait plus que le bleu, intense, presque matériel, et sous ses pieds les nuages et Heaven.

Léo s'impatientait. De tout.
Le temps filait à une vitesse alarmante sans qu'il puisse agir. C'était insupportable.
Anna passait de temps à autre; à chaque fois, il aurait voulu lui dire qu'il l'aimait. La prendre dans ses bras. Enfin, n'importe quoi, du moment que ça puisse le faire vivre!
Parfois aussi, il mangeait ou il lisait, mais jamais pour faire autre chose que se nourrir ou pour pouvoir poser les yeux quelque part.
Il n'avait aucune idée de ce qui pourrait changer les choses. En fait, si. Mais vraiment une toute petite. Une idée pourtant facilement réalisable, mais gênante, dérangeante. Comme un vieux pull trop petit qui vous enserre aux coutures.
Léo savait finalement ce qu'il avait à faire. Il n'était pas vraiment sûr du résultat, mais c'était la seule pensée sensée qui lui restait.
Il enfila une veste usée par-dessus son t-shirt et s'enfonça dans la nuit tombante.

"Tu crois qu'elle dort?
- Si ça se trouve, elle est morte et elle arrivée à Heaven parce qu'elle est gentille, comme Papa il le dit.
- Mais n'importe quoi. Elle a des ailes, c'est un ange. [Il effleura lesdites ailes de son index]. Je te dis qu'elle dort!
- Pff, bah qu'est-ce qu'elle ferait là?
- Je sais pas. Peut-être qu'elle était fatiguée. Hé, Madame, tu dors?"
Solène ouvrit des yeux perplexes. Elle était allongée sur un nuage rose-pourpre, et, deux centimètres au-dessus de son nez, trois regards innocents la fixaient.
Solène se redressa et se passa une main tout aussi perplexe sur le visage.
Trois petits anges qui ne devaient pas excéder les cinq-six ans d'age terrestre lui souriaient. La première ne devait pas arriver à la hanche de Solène lorsque cette dernière était debout; ses cheveux étaient presque blancs ainsi que ses yeux, ce qui lui donnait un air vague et curieux à la fois; sa peau était tellement laiteuse qu'elle en était presque transparente.
Le second était étrangement ressemblant au premier. Sa peau était laiteuse comme une matinée de printemps et de courts cheveux blonds et fins lui tombaient sur la nuque.
Solène crut voir son négatif; le second était intégralement noir. De peau, d'yeux, de cheveux. Il avait un peu les même traits. D'adorables petites dreads-locks ornées de perles fleurissaient sur son crâne; il s'approcha et lui prit la main.
"Tu t'es perdue?
- Oh, euh non, je..."
Solène rougit et démentit de la tête.
"J'étais fatiguée!
- Oh, trop bien, tu t'appelles comment? Moi c'est Aurore, coupa la-petite-blanche en sautant sur ses pieds, et lui c'est Crépuscule, et lui Mâtin débita t-elle en désignant l'autre. C'est mes frères, ajouta t-elle avec un tel sérieux que Solène ne put s'empêcher d'éclater de rire.
- Je m'appelle Solène, répondit-elle. J'ai dormi longtemps?
- On sait pas, on t'as trouvée parce que Maman nous a dit d'aller jouer dehors parce qu'on faisait trop de bruit..."
Solène piqua un méchant fard. Elle venait de réaliser qu'elle s'était endormie sur leur maison!
"...et puis voilà, donc peut-être, acheva Aurore."
Un autre ange surgit. C'était une femme, cette fois.
"Les enfants, ça fait cinq fois que je vous appelle à table!"
Elle était grande et mince, et tout aussi sombre de peau que Crépuscule. De longs cheveux noirs dégringolaient en cascade sur ses épaules rondes.
"- Maman, elle peut manger avec nous? S'il te plaaaaaît, plaida Aurore.
- Oh, oui, s'il te plaaaît... renchérirent Mâtin et Crépuscule d'une même voix.
- Bonjour, lança t-elle aimablement tout en dévisageant attentivement Solène."
Son regard n'était pas froid, ni surpris. Accueillant, plutôt.
"Bon si vous voulez, céda t-elle. Mais dépêchez-vous!
- Ouais! hurlèrent-ils en choeur et en entraînant Solène dans le nuage."
A l'intérieur, c'était assez semblable à chez elle. Les affaires de Lena en moins. Solène s'assit prudemment un tabouret de nuage.
- Chérie, où as-tu mis la... Bonsoir!"
Solène se demandait combien étaient-ils dans la famille; un ange qui mesurait dans les deux mètres s'installa en face d'elle. Il était de même nature qu'Aurore; ses yeux étaient peut-être un peu plus bleus et profonds. Et, comme de juste, il était beau à se rouler par terre.
"Qui êtes-vous?"
Perplexe.
"- Je m'appelle Solène, je suis désolée, je me suis, enfin, je veux dire... débita t-elle, mal à l'aise.
- Tss tss tss, l'interrompit-il d'un doigt sur les lèvres. Tu es la bienvenue."
Elle lui sourit. Il ne se posait pas de questions. Pour lui c'était normal d'accueillir quelqu'un à sa table, une parfaite inconnue en l'occurence. Un demi-ange, bon, mais tout de même.
Ils mangèrent, les enfants se chamaillant, les couverts tintants.
Au milieu de son escalope de dragon, le-grand-ange-blond l'interrogea:
"Alors, Solène, vous semblez (sans vouloir être indiscrète bien entendu), angélique vous aussi.
- Euh oui, c'est mon père qui...
- Qui ça? interrompit le-grand-ange-noir [Solène ignorait totalement leurs prénoms et elle n'allait pas les appeler papa ou maman!]
- Mon père! Enfin Kim.
- Kim?"
Le-grand-ange-noir suspendit la fourchette qu'elle allait avaler et la fixa.
"Kim?
- Oui, euh, Kim.
- L'ange de l'orage.
- C'est ça.
- Oh."
Elle semblait réellement surprise, mais pour une raison dont Solène avait parfaitement conscience, elle était aussi un peu mal à l'aise.
Son père avait épousé une déchue. Le fruit du Mal en personne.
Lena n'y pouvait rien. Elle était adorable mais son passé la poursuivait.
Et Kim lui avait fait un enfant. Cette rumeur avait fait le tour d'Heaven en moins de deux, et Solène n'en avait pas souffert car son père avait évité de l'y amener durant toute son enfance. Quant à son adolescence, he bien... Elle l'avait passée en bas.
Mais aujourd'hui, le regard que lui lançait le-grand-ange-noir la blessait.
Cette dernière se ressaissit. Bon, Kim avait fait un enfant à Lena, mais il restait un ange à part entière, et le-grand-ange-noir également. Elle reprit un ton plus naturel.
"Et... il va bien?
- Oui, merci, répondit poliment Solène."
Elle repoussa son assiette.
"Je suis désolée. Je n'ai plus faim. En plus je dois rentrer. Dark va s'inquiéter.
- Dark?
- Oh, euh. Mon fiancé."
Elle disait mon fiancé, mais elle n'était pas plus fiancée avec lui qu'avec son chat.
- Bien."
Solène se leva. Aurore la suivit des yeux.
"Encore merci. Je passerai le bonjour à Kim de votre part alors."
Aurore se leva également.
"Oh non, je voulais que tu restes dormir!
- Je suis navrée, ma puce, mais moi aussi j'aurais bien voulu.
- Oh..."
Elle semblait réellement déçue. Ça lui crevait le coeur de la laisser, mais elle ne voulait pas rester sous le regard du grand-ange-noir.
"Je reviendrais.
- Vraiment?
- Je te le promets."
Elle l'embrassa ainsi que ses frères, et salua leurs parents.
"Nous aurons l'occasion de nous revoir, de toute façon, appuya le-grand-ange-blond. A bientôt, alors."
Et Solène s'envola dans la nuit.

De petits panaches de fumée s'échappaient de la bouche de Léo. La température avait brusquement chûtée. Un long frisson parcourut sa nuque tandis qu'il courbait tristement l'échine. Il avait presque oublié où il allait; non, en fait, une partie de lui-même le savait, mais l'autre voulait à tout prix la contredire. Malheureusement, c'était cette partie-là qui commandait ses jambes.
Il erra sur le sentier, sans pouvoir décider de sa direction.
Les lumières l'éblouissaient; ses paupières papillonnaient. On aurait dit un animal égaré dans le corps d'un homme. Ses pieds prirent le chemin de la forêt; il ne put rien faire pour leur résister.
Il fit sombre, tout à coup. Le jour artificiel qui lui brûlait la rétine avait disparu pour laisser place à une obscurité humide.
Léo savait parfaitement où il était, en fin de compte.
Il y a, parfois, des choses inconscientes qui vous viennent tout à coup, et personne ne peut prévoir quelles seront-elles ni quand vont-elles réapparaître. Léo venait de le comprendre au moment où il tombait à genoux. Ses mains entrèrent en contact avec l'herbe mouillée; il enfouit sa tête dans la terre meuble. Des effluves de forêt après la pluie emplirent ses narines, tandis qu'il pleurait doucement. Un petit vent frais glaçait son cou découvert, et dans le ciel de novembre, il n'y avait aucune étoile.
Il bascula sur le côté et ses doigts rencontrèrent la pierre froide. C'était comme s'il le touchait, lui, ses joues sans vie et l'herbe, ses cheveux humides. Ses larmes roulaient et se mêlaient à la terre; Léo suppliait en silence, tout secoué de sanglots.
Les minutes reprirent leurs cours normal dans la vie de Léo, lorsque ses pleurs se tarirent et qu'il put enfin se relever.
Il avait largement dépassé la forêt; la route s'étendait, fleuve de réglisse mouillée, quelques mètres sur sa gauche. Ses pieds s'enfonçaient légèrement dans le sol; il avait plu.
Et devant lui, la tombe d'Eyden se dressait, froide et grise.
Chaque fois qu'il posait les yeux dessus, un espèce de vide polaire s'étendait dans son ventre. Un sentiment terrible, plus encore que la souffrance: la culpabilité.
Il n'avait pas trouvé de mots pour qualifier comment il avait vécu après La mort. A présent ils lui venaient naturellement.
Tout simplement comme un criminel. Il se cachait, ne mangeait presque plus. Il ne supportait pas qu'on l'entoure, qu'on lui donne de l'affection. Mais plus que tout, l'attention que Guillaume lui portait le rendait malade.
Il l'avait rendu orphelin. Il avait tué les deux personnes au monde qui compte le plus dans la vie de quelqu'un.
Et si il avait fait cela, c'était parce qu'il s'était retrouvé exactement dans la même situation, et indirectement par la faute d'Eyden.

Une main effleura la sienne. Stella se réveilla en sursaut.
Sur sa poitrine, Guillaume s'était endormi, ses petits doigts entrelacés avec ceux de sa mère. Sa tête reposait au creux de son cou, et ses cheveux roux se déployaient sur ses clavicules comme un éventail de soleils d'été à la fin du jour.
Doucement, elle se redressa; Guillaume roula sur le côté, le dos calé contre les coussins. Stella se pencha et déposa un baiser sur son front.
Il faisait nuit. Les nuages semblaient s'être dissout, laissant place aux astres qui brillaient, lointains et innaccessibles.
Elle se leva et esquissa quelques pas en direction de la cuisine. Elle portait un cache-coeur noir tout froissé et un pantalon tout simple. Ses pieds nus produisaient un son mat et tranquille sur le parquet ciré. Un rai de lumière filtrait sous la porte; elle l'ouvrit, découvrant l'énorme phare blafard qui fixait la baie vitrée de son oeil endormi.
Elle resta en arrêt, la main sur la poignée, contemplant la pleine lune. Elle l'attirait, magnétique, insistante.
Stella secoua la tête. Son collier étoilé tinta; elle s'assit sur un des hauts tabourets du plan de travail pour se préparer un thé.
Elle aimait l'atmosphère de la maison durant la nuit. Elle aimait le contact du métal froid de la chaise sur la plante de ses pieds, l'impression de calme qui se dégageait de la lumère lunaire. Elle aimait les gens qui dormaient, à cet instant, ici et ailleurs. Elle était pleine, elle était vraie. Elle était dans cet état où elle ne pensait plus; elle sentait juste.
Elle but une gorgée de son thé, les deux mains autour de la tasse, profitant de sa chaleur.
Stella était belle tout le temps, mais c'était dans ces instants d'harmonie qu'elle l'était le plus. Ses yeux bleus océan regardait le monde d'un regard serein, presque neutre. Elle était vivante, mais faisait partie de ce qui l'entourait; elle était elle, et tout à la fois. Une entité appartenant à la multitude.
Elle reposa enfin la tasse. Tous ses sens étaient épanouis. Elle était repassée à cette phase où elle pouvait à nouveau réfléchir.
Elle se dit que bientôt elle ferait part de son projet de voyage à Fox. Que Zoé allait sur ses six ans et qu'elle devenait de plus en plus adorable. Que Guillaume était le petit garçon le plus chanceux de l'Univers sans le savoir. Elle pensa un peu à Klein aussi. Est-ce qu'il s'était déjà marrié? Avait-elle raté la cérémonie, et si oui, l'avait-elle fait consciemment?
Comment était sa femme? Est-ce qu'il l'aimait vraiment?
Et finalement, est-ce que tout ça avait de l'importance?
Elle, elle existait, elle aimait et elle possédait ce que tant de gens ici avait perdu et donnerait tout pour retrouver.
Une famille.

Solène regagna la terre ferme, toute sonnée. Sa rencontre avec le-grand-ange-noir la laissait pantelante. Elle avait l'impression d'être passée dans une essoreuse.
Doucement, elle s'approcha du hangar. Dark ne s'inquiétait pas pour elle; il lui faisait confiance.
Pourtant, Solène aurait aimé le trouver à arpenter le local, les mains dans le dos, l'air soucieux.
Mais en ouvrant la porte, elle ne vit que l'environnement habituel. Pas de Dark alerté au milieu.
Elle se délesta de ses habits pour se retrouver en sous-vêtements et grimpa l'échelle jusqu'aux hamacs.
Dark était là, à moitié assoupi. Une cigarette douteuse rougeoyait au coin de ses lèvres purpurines; il était atrocement sexy avec sa chemise froissée et son caleçon. Solène se retint de se jeter dans ses bras juste à temps et se glissa sous la couette. Il la saisit par la hanche et l'attira contre lui pour enfouir sa tête dans ses cheveux bleus nuit. Ses mains s'étaient posées plus bas, deux volcans sur la peau tiède de Solène. Il lui happa l'oreille de sa bouche tout en lui tenant doucement la nuque.
Solène n'aimait pas rentrer à la maison auparavant; elle changea vite d'avis sous les baisers enfiévrés de Dark.

La nuit venait de passer. Il restait dans l'air ces nuages et cette brise qui rappelait le mystère de l'obscurité tout en poussant le soleil à se lever.
Léo avait passé la nuit roulé en boule sous un saule, les genoux calés dans les coudes, les cheveux en éventail sur l'herbe jaunie.
Sa nuque refusait de bouger de plus de deux centimètres de chaque côté, mais il se sentait déjà plus en paix.
Sa veste était tachée, son jean froissé; il avait la voix enrouée et des feuilles de lierre semblaient avoir poussées dans ses mèches rouges. Il les chassa du bout des doigts tout en se dirigeant vers le stand.
Il vit tout d'abord un être angélique aux formes harmonieuses, aussi svelte et pur qu'on puisse l'être; derrière, un tas d'écharpes et de bonnets frissonait, laissant échapper un éternuement de temps à autre. Puis les choses se précisèrent: une vague de froid intense atteignit Léo qui se retrouva contraint de s'enrouler sur lui-même pour ne pas tomber à la renverse. Sa mâchoire claquait à se décrocher.
Soudain, un rayon de soleil vint s'échouer sur les ailes du curieux personnage. C'était comme si des milliers de cristaux et de morceaux de verglas avaient colonisé les appendices de l'ange.
"Smpfffttllm, gargouilla la créature emmitouflée derrière lui.
- Tu peux répéter? hoqueta Léo.
- Salut, fit Shin en abaissant une seconde son écharpe. Tu veux quoi?
- C'est qui? coupa Léo.
- C'est l'ange de l'hiver!
- Oh."
Shin rajusta son écharpe. Léo remarqua que les pieds de l'ange étaient soudés; en fait il n'en avait carrément pas. Sa personne se terminait en une sorte de tourbillon glacé et vaporeux; de longs cheveux comme des filaments de glace flottaient autour de son crâne.
"Je vais prendre un kake chaleur, finit-il par commander en lançant un regard affolé à la créature.
- Belle journée! lâcha soudain cette dernière en un souffle polaire.
- Ouais, si on veut, bafouilla Léo.
Il se demanda comment faisait Shin avec tout cet attirail sur le dos pour cuisiner, mais elle ne paraissait pas s'en soucier tout en versant du souffre, de la braise ardente et du piment dans un saladier.
Léo s'assit le plus loin de possible de l'ange qui dégageait une indéniable fraîcheur, il fallait bien 'lavouer. Tout à coup, une onde de chaleur inonda le dos de Léo qui éternua avant de déboutonner sa veste. Un autre ange venait d'apparaître; c'était une femme, elle était trappue et pourtant bien formée. Sa nudité ne semblait pas la gêner le moins du monde; Léo devint rouge pivoine, plus par la température qui se dégageait de son corps que par son corps en lui-même.
Sa peau avait cette éventail de couleur qui allait de celle des cheveux de Léo jusqu'à ocre clair; elle rappelait les couchers de soleil estivaux et les landes grillées par le même astre.
C'était manifestement l'ange de l'été.
Léo écouta attentivement la querelle qui suivit entre les deux personnages, tout en dégustant son kake qui lui brûlait le fond de l'estomac.
Une humidité commençait à imprégner les vêtements de Léo qui ne s'en rendit compte que lorsque ceux-ci se collèrent à ses jambes et son torse; un troisième ange dans les tons du moment de la forêt se mêla à la conversation. Il appartenait apparemment à la gente masculine. Il avait une carrure entre celle de l'Hiver et de l'Ete et des cheveux mordorés. L'air était si épais et frais autour de lui qu'on s'attendait à ce qu'un nuage de pluie fleurisse au-dessus de sa tête.
Léo s'effondra sur sa table. Ces anges le tuerait.
La querelle s'amplifia jusqu'à ce qu'un quatrième arrive. De longs cheveux verts ornés de bourgeons prêts à éclater dégringolaient sur ses épaules. Ses ailes semblaient avoir été taillées dans un cerisier en fleur.
Leurs voix se mélangeaient jusqu'à ne faire plus qu'une litanie insupportable. Tout à coup l'Hiver clama que c'était sa saison en ce moment, un point c'est tout.
Les autres disparurent, comme une fine brume ou une plante qui régresserait. Léo resserra les pans de sa veste autour de ses hanches et salua Shin. Il lui restait quelque chose à faire pour pouvoir se sentir tout à fait mieux.

"Coucou."
Léo était sur le palier, un petit nuage de fumée s'échappant de la commissure de ses lèvres. Un blouson qui avait vu d'autres reposait sur ses épaules; ses poings étaient fermement enfoncés dans ses poches.
Stella sourit.
"- Coucou."
Elle s'effaça pour le laisser entrer.
Léo ôta sa veste en balayant l'entrée du regard. Il ne pouvait compter le nombre de fois où il était venu ici, et pourtant il ne se lassait pas. L'atmosphère ici était si douce et tranquille; on ne pouvait rêver meilleur asile.
Il s'avança jusqu'au salon. Fox était, comme de juste, vautré sur le canapé, un magazine entre les mains. Léo tourna la tête et regarda Stella; elle portait un pull à col roulé violet et un pantalon noir.
Elle souriait toujours.
"Salut, fit Fox en levant les yeux de son journal. Qu'est-ce qui t'amène?
- Guillaume.
- Il est en haut."
Fox se leva. Il mesurait à peu près la même taille que Léo et le roux de ses cheveux concurrençait le rouge flamboyant de l'espion.
Une lueur vague passa dans les yeux de celui-ci. Fox le prit par l'épaule et l'entraîna dans la cuisine. Il s'installa sur une chaise haute derrière le comptoir, laissant à Léo tout le loisir de choisir une place autour de la table.
"Ça va? entama Fox.
- Oui.
- T'as pas l'air. T'es sûr?
- Mais oui, evidemment!
- Allez, je suis ton pote, tu peux me raconter!
- Mais j'ai rien à dire! Je vais bien!"
Le ton était excédé. Il reprit plus doucement:
"Je t'assure.
- Léo, nous ne sortirons pas d'ici tant que tu n'aurais pas dit ce qui te tracasse. Et je peux être très, très patient."
Il soupira. Profondément.
"Je m'en veux.
- A propos d'Eyden?
- A ton avis!"
Il avait été plus rude qu'il n'avait voulu. Mais il ne pouvait plus s'arrêter.
"A cause de moi, Guillaume a été privé de son père!"
Fox serra les lèvres. Et essaya de détendre son visage. La phrase lui avait fait l'effet d'un poing en plein figure. Il dévisagea Léo, qui gardait la tête baissée.
"- Il a un père, maintenant, Léo. Ça va aller."
Justement, Léo n'en était pas si sûr.
Ce fut le moment que choisis Zoé pour débouler, Guillaume sur les talons.
Zoé avait encore grandi et atteignait presque les six ans à présent; ses cheveux roux avaient poussés, ses yeux avaient un peu perdu de la candeur de ceux des tout petits enfants.
Guillaume ressemblait de plus en plus à Eyden. Une chevelure tout aussi vive que celle de sa soeur recouvrait son crâne.
"Papaaaaaaaaaaaaaaaa, Guillaume il est bête d'abord, il veut pas que je lui prenne sa poupée!"
Elle tenait à la main un jouet approximatif, après un court séjour au micro-ondes qui n'avait pas apprécié (en effet il avait finit à la poubelle).
"- C'est pas une poupée, beugla le petit garçon, c'est un action-O!
- C'est pareil, dédaigna sa soeur.
- Guillaume, laisse-lui, intervint Fox d'un ton très calme.
- Yaaaah!"
Avec une rapidité étonnante, Guillaume fondit sur le bras de la petite fille qui se tenait à ses côtés, en l'occurrence sa soeur, et la renversa par terre. Fox ouvrit des yeux ronds.
Le bras de sa fille était tordu, mais... dans le mauvais sens. Zoé fixa son coude, tellement surprise qu'elle ne pensait plus à crier. Puis elle hoqueta, une fois, deux fois.... Et un concerto de pleurs remonta de ses cordes vocales jusqu'à sa langue.
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# Posté le samedi 28 octobre 2006 21:11

Modifié le dimanche 03 décembre 2006 15:32

n°35

Les jours s'étiraient lentement dans la grande maison de Fox et Stella. Une certaine langueur, sans doute dûe à l'automne, s'était emparée de tout le campement, même si quelques événements avaient chamboulé la tranquilité ambiante.
Le retour prématuré de Freedom, l'annonce d'un concert tout proche étaient, par exemple, ce qui animait encore les longues minutes que le retour de froid malaxaient, sans compter quelque chose qui avait aussi bouleversé la vie dans la maisonnée déjà peu inactive d'un des couples les plus étonnant...

Un hurlement, poussé à l'unisson, entre la bête sauvage et le nourisson en furie déchira le faux-semblant de silence qui s'était installé. Stella leva les yeux de son magazine, avant d'enchaîner avec tout le reste du corps. Elle monta les marches légèrement, sur la pointe des pieds, comme dans les vieilles comédies musicales, et apparut dans l'encadrement de la porte.
La source du bruit fut vite définie: Zoé, presque quatre ans, et Guillaume, trois ans et demi; assis en plein milieu d'un fatras de jouets et de coussins à peine descriptible, entre deux lits, la tête renversée vers arrière, ils hurlaient à s'en arracher les cordes vocales. En un seul cri, un seul mot, Stella recula d'au moins deux pas:
"MAMAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN!"
Elle se composa une mine fatiguée avant de franchir le seuil.
"Que se passe t-il?
- MAAAAMAAAAAAAN, ZOE VEUT PAS RENDRE LA POUPOUUUUUUU"
Poupou, dans le langage guillauzomien, signifait poupée; mais Stella était déjà assez informée.
"Chérie, rends-la lui...
- C'EST PAS VREEEEE C'EST LUIIIIIII..."
Excédée, elle prit chacun des enfants dans ses bras, les gratifia d'un bisou et essuya leurs nez.
"Tiens, prends-la [elle tendit à son fils le poupon que Zoé serrait entre ses bras] et restez sages. Maman est occupée, d'accord?"
Un dernier baiser appuyé sur leurs joues rondes et Maman s'exila au plus profond de son canapé, esperant que la prochaine crise surviendrait dans au moins une demie-heure.

C'était ainsi presque tout les jours, et pourtant Stella n'aurait voulu rien d'autre.

Le téléphone vrilla les oreilles de Kim, tranquillement installé devant une tisane. Il saisit le combiné.
"Allô? Oh, salut... [une lueur de déception assombrit son visage tandis qu'une petite voix dans le fond demandait: "c'est qui?"] Pour?... Euh, attends... Lena?
- Ouiiii? [un bruit qui ressemblait à un tissu que l'on déchire filtra de la porte de la salle de bain]
- Téléphone.
- All...ô?
- Lena? C'est Fox.
- Comment tu vas? [elle appliqua une bandelette de cire brûlante sur son mollet, serra les dents et tira d'un coup sec] AAAAIE...
- Euh... t'es sûre que ça va?
- Oui, évidemment... C'est juste journée dépaillasonnage...
- Ah... ^^ Bon, j'aurais besoin de toi pour garder les enfants... Stella est au bord de la crise de nerfs, là...
- Moi? AAAAAh [bruit de bandelette arrachée], mais pourquoi tu n'appelles pas Solène alors?...
- Parce qu'elle ne veut pas.
- Oh... Bon, okay...
- Viens maintenant, par pitié!
- Je vais pas sortir une jambe épilée et pas l'autre! Je finis et je te rappelle... Ouais, bye."
Elle balança le combiné par-dessus son épaule; il atterrit dans la matière élastique avec un bruit mou.
"On a besoin de moi, fit-elle avec une détermination de super héroïne. Mais mon deuxième mollet a aussi besoin de moi..."
Elle acheva de décimer sa pilosité, enfila un vieux jean et un t-shirt noir où des écritures blanches presque illisibles dégoulinaient (piqué à Solène). Elle fondit sur la bouche de Kim pour y laisser un baiser en coup de vent, fit deux-trois pas puis sauta dans le vide.
La maison de Fox et Stella était à peu près aussi grosse qu'un de ces grimoires dont raffolait Lena. Lorsqu'elle eut atteint la taille d'un ordinateur, puis celle de la table qui le supportait, elle consentit enfin à battre des pieds. Elle toucha terre en toute légèreté; le vol n'avait duré que quelques secondes.
Un temps à peu près semblable s'écoula jusqu'a ce qu'elle découvre l'ampleur de la situation; on se serait cru dans une cocotte-minute un jour de pot-au-feu. Zoé était aggrippée de toutes ses forces à la jambe de sa mère; Guillaume zigazagait d'une pièce à l'autre, en équilibre sur ses jambes, manquant de tomber à chaque virage; Fox était négligemment allongé en travers du canapé, une revue sur les genoux; Sunny avait mis la musique si fort que Flame courant le marathon n'aurait pas fait plus de bruit. Et au milieu de toute ça, Stella, un pied dans la cuisine et l'autre dans le salon, haussait désespérément la voix.
"Salut, fit Lena.
- Ah, tu tombes bien! hurla son amie en lui déposant Guillaume dans les bras après une bise rapide. Je te laisse te débrouiller, j'ai encore un million de choses à faire."
Sur ce, elle se barricada dans la cuisine.
Un sourire fleurit sur le fin visage de Lena. Tranquillement, elle saisit Zoé par la main et grimpa les escaliers.
La lumière commençait à décliner, dehors. On entendait encore les pas de Flame dans le lointain, les hurlements de Hokano et la mer qui venait s'écraser en vagues discrètes contres les falaises.
Lena n'eut pas à s'énerver ni à se démener. Elle joua avec eux pendant deux bonnes heures, lorsque Guillaume profère une demande assez curieuse:
"Je veux voir le monsieur aux cheveux rouges!!
- Léo? Mais il a autre chose à faire, Guillaume!
- Je-veux-voir-Lé-O! hurla t-il.
- Mais...
- LéOOOOOOOOOOOO...
- Bon, bon, t'as gagné. Tu viens, Zoé?"
Et elle les entraîna dehors. Cinq minutes plus tard, ils se retrouvaient devant la tente du jeune homme.
"Léo?
- Mmmm...
- C'est Lena... Je peux entrer?
- Si ça t'amuse."
Il était assis en tailleur sur son matelas gonflable, un magazine posé sur les genoux. Des mèches désordonnées cachaient ses yeux; il était vêtu d'un vieux jean qui tenait par miracle et d'un t-shirt rouge et noir où des écritures suspectes s'étalaient en grosses lettres. Une certaine fatigue se lisait dans ses yeux et aussi grâce à un début de barbe à peine visible qui lui grignotait les joues.
Et, même vu sous cet angle, il était très, très beau, même s'il semblait... différent.
"C'est à quel sujet?"
Il leva à peine les yeux de sa revue.
"- He bien, il se trouve que... ce petit bonhomme [elle poussa Guillaume devant elle] souhaitait absolument te voir."
Léo resta un instant interdit. Ce qu'il voyait sortait de son inconscient, forcément. Il ne pouvait en être autrement... Si?
Ces traits, ces yeux... Il n'y avait que la masse de cheveux roux vifs et les rondeurs enfantines qui tranchait avec l'autre. L'autre. Indéniablement Eyden.
Le magazine valsa sur la paroi de toile opposée. Léo était debout; il était à la taille de Lena.
"- Laisse-moi tranquille, tu veux. Laisse, LAISSE-MOI VIVRE, TU VEUX?"
Il avait hurlé. Et s'était enfui. Lena avait la sensation de n'exister que par le fait de la petite main de Guillaume qui serrait la sienne et la respiration apeurée de Zoé.
"Je... On rentre."
Le ton était impératif.

Lena mit une demie-heure à traîner les enfants jusqu'au-devant du pavillon de leurs parents, quand soudain Guillaume hurla:
"Moi je veux voir Léo! LEOOO!"
Et sans que Lena puisse réagir, sa main quitta la sienne et il s'enfonça dans la Nuit.
Zoé leva ses yeux clairs vers ceux, insondables, de la jeune femme qui se tenait à ses côtés.
"Papa? hasarda-t-elle d'une petite voix."

"- Fox?...
- MMmmh...
- J'ai perdu Guillaume.
- QUOI?!"
Il s'était relevé d'un bon; sa pupille s'était rétractée.
"TU AS QUOI?
- Je suis désolée, il est partit, je...
- Je vais le chercher."

Un mégot rougeoyait lentement dans l'obscurité. La silhouette se déplaça, un peu titubante. Elle semblait perdue; quelque chose lui rongeait lentement le coeur, mais ça ne se voyait pas.
Les ténèbres environnantes s'écartèrent pour le laisser passer. Elles eurent pitié de sa démarche, de sa nuque fléchie sous un poids invisible.
Cependant, un bruit lui fit lever la tête. Une sorte de hoquet, suivi de reniflements, troubla le silence comme une ride à la surface de l'eau.
La silhouette s'engagea dans cette direction, écarta un buisson, deux. Un petit être était blotti contre un tronc et sanglotait tristement.
La silhouette s'agenouilla et une petite flamme en provenance d'un briquet illumina l'obscurité.
Léo eut un mouvement de recul en reconnaissant Guillaume; rien que sa vue lui brûlait atrocement l'intérieur du ventre; et chaque seconde de plus lui faisait revoir comment son épée avait transpercé la chair et fait jaillir le sang.
"J'ai tué quelqu'un qui t'était cher. Je l'ai tué. Par vengeance. Et je le regrette."
Aucun son ne sortit de ses lèvres closes.
"Tu es perdu?"
Cette fois, ses cordes vocales avaient accepté de reprendre leurs fonctions. Pas de réponse.
"Allez, viens, je vais te ramener chez toi... "
Il le leva rien qu'à la force de son avant-bras.
La sensation de la main du gamin dans la sienne était atroce et en même temps apaisante, comme une brûlure dans les premières secondes où on la passe sous l'eau.
Sans un mot, ils se retrouvèrent déjà sous les fenêtres hippies de Fox et Stella. La porte s'ouvrit sur une maison réconfortante, avec des gateaux, de l'eau, de quoi dormir et une maman pour faire des câlins. Cette dernière apparut sur la pas de la porte; Guillaume courrut se réfugier dans ses bras.
"Mon amour... c'est fini... Maman est là... Pleure plus, mon bébé, pleure plus..."
Elle l'avait soulevé de terre et collé contre son cou. Guillaume sentit ses larmes s'atténuer en reconnaissant l'odeur réconfortante de Maman et la matière étrange de son t-shirt. Il enfouit sa tête dans les replis de son col.
Stella remercia Léo et l'invita à entrer. Il déclina, mais elle insista, et une heure plus tard, il était toujours tranquillement dans leur canapé, un verre à la main, avec l'air de celui qui se sent tout sauf à sa place.
Zoé et Guillaume dormait à l'étage, Stella, Fox, Lena et Léo discutaient tranquillement tandis que Sunny bricolait dans son antre.
Personne ne se doutait que le pire était à venir.

"Zoééééé... Réveille-toi, Zoé... Allez! Zowé!
- MMMmmh...
- ZOÉ DEBOUT! Jveux aller voir Léo, allez viens...
- Mais vas-y tout seul, d'abord t'es qu'un sal garçon qui pue et je viens pas avec toi! débita t-elle tout en se redressant d'un bond sur son petit matelas.
- Ouais bah non d'abord parce que, parce que toi t'es qu'une adoptée d'abord, et voilà!"
Le mot retentit un instant dans l'esprit enfantin de Zoé, avant que ce propos lui échappe:
"Ouais bah non d'abord, c'est toi l'adopté parce que je le sais, j'étais là quand on t'a trouvé dans la forêt et d'abord mon papa il est rien qu'à moi, voilà! Et laisse-moi dormir!"
Elle se retourna vers le mur. Guillaume resta figé au milieu de la pièce, avant de dévaler l'escalier.
Un remord saisit Zoé; elle repoussa les draps et apparut à son tour dans le salon.
"Stella?
- MMMh?
- Tu as entendu ce que j'ai entendu?
- oui.
- Je descends."
Un pas lourd et plein de haine retentit dans la cage d'escalier. Zoé leva les yeux et cette image resta gravée dans sa tête à jamais.
Fox leva une main hésitante. Ses pupilles s'étaient rétrécies jusqu'à ne faire qu'une fente. La main tomba avec un bruit horrible sur la joue de Zoé, qui atterrit par terre. Elle était tellement surprise qu'elle n'arrivait pas à pleurer. Le regard de son père sur elle lui faisait mal, comme du sel sur une plaie fraîchement rouverte. Sans demander son reste, elle se traîna jusque derrière le canapé.
Fox fixait encore l'endroit où sa fille se tenait quelques secondes auparavant, puis tourna la tête vers la baie vitrée de la cuisine. Dehors, Guillaume était accroupi près de la piscine, et dessinait des choses avec l'eau sur la pierre sèche.
Un craquement fit reprendre le cours du temps qui semblait s'être arrêté. Stella, muette et immobile, toisait Fox planté entre les fauteuils, Zoé recroquevillée derrière ces derniers, un hématome mangeant la moitié de son visage, et enfin Guillaume au bord de la piscine. Elle comprit et n'ajouta rien. La situation était aussi pénible qu'une épine dans la plante du pied; elle décida de prendre en main la pince à épiler pour la retirer.
Elle laissa Guillaume à son barbouillage, servit du café à Léo qui n'avait pas décollé du canapé où il s'était installé la veille et d'où il avait assisté à la scène, interloqué, et enfin pris la direction de chez Kyle, Zoé courant derrière elle. Stella n'avait pas dit un mot, tout comme sa fille qui titubait derrière elle.
Stella sonna longtemps; des pas las retentirent, et là porte s'ouvrit sur un Kyle en piteux état.
Des cernes bleutés soulignaient ses yeux vagues; il avait le regard trouble, les cheveux ébourriffés et un teint de mort-vivant.
Le scientifique plissa les yeux, rajusta ses lunettes.
"C'est pourquoi?"
La voix était rauque.
"Pas pour moi, mais pour elle... [elle prit Zoé dans ses bras, mais sans tendresse]: elle a..."
Elle désigna le bleu qui s'étendait sur sa joue comme de l'encre sur un buvard. Pendant ce temps, Kyle avait déjà avalé trois tasses de café sans sucre; ses yeux clignotaient.
"Je vois, c'est rien, viens-là Zoé..."
Stella s'installa dans un coin et promena son regard sur ce qui l'entourait. Des tas de machines plus compliquées et stylisées que les autres occupaient la pièce; leurs fonctionnements lui échappait totalement. Parfois, des bips retentissaient, des lazers fusaient et des voix synthétiques parlaient d'une langue pas toujours compréhensible. Et à cet instant, Stella comprit que si Kyle restait là, au milieu dans sa maison-bulle, enchaînant tasse de café sur tasse de café, entre une pile de documents à finir et un ordinateur de poche, c'était tout simplement parce qu'il s'y sentait bien. Ou alors qu'il était trop timide pour tenter sa chance en dehors de tout ça. Ou un peu des deux.
Quoi qu'il en soit, elle venait de se faire idée que Kyle ne se marierait sûrement jamais et n'habiterais pas non plus dans une grande maison avec des gamins qui courent partout; elle était heureuse comme ça, et sûrement pas lui.
"C'est fini, répéta ledit Kyle pour la cinquième fois, en tendant la main de Zoé vers celle de sa mère. Mets-lui cette crème deux fois par jour sur son hématome, et voilà.
- Ah... Euh, merci... merci beaucoup. Je te dois combien?
- Bof, tu sais... Moi, franchement... En plus j'ai autre chose à faire... Salut!"
Stella n'eut pas le temps de prononcer un mot qu'il était déjà occupé à autre chose.
"Bon, bah salut, alors...."

La maison semblait morte. Guillaume était toujours dans le jardin, sans dire un mot. Léo, enfoncé dans le canapé, n'était pas plus bruyant. Fox avait disparu.
Contrariée, Stella s'avança dans la cuisine et lança un regard triste en direction de Guillaume.
Elle se surprit à penser que sa vie était un désastre; elle se débarassa bien vite de cette idée comme d'un vieux reste de frigo qui marinait au fond du le bac à légumes.
Elle s'assit, fatiguée. Se prit le visage dans les mains. Et eut l'impression que son coeur pesait bien plus qu'il ne devrait.
Stella devait pourtant faire quelque chose. Avant qu'elle n'en ait plus la force.

La baie vitrée coulissa avec ce bruit de plastique si caractéristique. Guillaume ne cilla pas.
"Mon amour, je..."
Oh bon sang, qu'est-ce que je vais dire?...
"Guillaume..."
Elle saisit son menton et le tourna face à elle. Ses yeux étaient si tristes et à la fois inexpressifs qu'ils faisaient peur. Elle sentit son coeur dégringoler au fond de ses chevilles.
"Je ne vais pas te mentir car ce ne serait vraiment pas bien de ma part... Ce que Zoé a dit, c'est... Enfin... Ce n'est pas complètement faux."
Le sang battait la mesure à ses tempes.
"Mais je veux que tu saches... Que... Que pour nous, c'est pareil. Ton père et moi, nous t'aimons énormément, autant que Zoé ou Sunny. Tu vois? Regarde-moi, Guillaume."
Il la regardait déjà. Il la regarda encore. Et hocha la tête.
Maladroite, elle passa un bras autour des reins de son fils et l'attira tout contre sa poitrine; le nez dans ses cheveux roux, elle inspira profondément et eut une larme discrète sur la joue.
Et, sans demander son reste, elle fila préparer le déjeuner. Fox vint s'asseoir à la table comme une apparition. Il avait le visage fermé. Stella ne fit aucun commentaire et appela Sunny.
Guillaume se hissa péniblement sur sa chaise. Et tout les regards fixèrent le canapé.
"Zoé, vient manger."
La voix était si calme qu'elle faisait peur. Ladite Zoé se recroquevilla un peu plus.
"Boooon..."
Fox se força à respirer lentement. On entendait que l'eau de la piscine qui clapotait doucement; Stella remarqua avec stupeur que tout le monde mangeait proprement, avec ses couverts. Curieusement, cette idée l'affola plus qu'autre chose.

# Posté le dimanche 01 octobre 2006 16:45

Modifié le dimanche 22 octobre 2006 05:18

...

Bon, je considère ce skyblog comme quasi-officiellement mort...
Nous appartenant toujours à toutes les trois, je ne peux m'attribuer le droit de le supprimer, chose que je n'ai aucune envie de faire de toutes façons.
Par contre je me réserve le droit de continuer à écrire dessus, même si personne ne lit ^^

# Posté le samedi 30 septembre 2006 08:09